À la FSJES de Fès, un colloque qui réunit l’art, la littérature, le droit et l’humain : quand l’université recrée du sens
Hicham TOUATI
Durant deux jours, le Centre d’Études Doctorales de Dhar El Mehraz a accueilli un colloque international d’une rare densité intellectuelle, réunissant chercheurs, artistes, juristes et étudiants autour d’une conviction : seule la rencontre des disciplines permet encore de comprendre le monde et d’y agir avec lucidité.
Il est des instants où l’université retrouve ce qui fait sa vocation profonde : un lieu où l’on pense, où l’on doute, où l’on dialogue, où l’on élargit le regard au-delà des frontières habituelles. Les 20 et 21 novembre 2025, le Centre d’Études Doctorales de Dhar El Mehraz à Fès a offert précisément cette respiration, en abritant un colloque international placé sous le thème : Art, Littérature, Culture et Droit : de la dimension intégrative à l’acquisition des compétences.
Organisé conjointement par le Département des Enseignements Transversaux, l’Institut Français de Fès et le Laboratoire des Études Politiques et de Droit Public, et porté par une coordination assurée par Zahra TENKOUL, Rachid MARZGUIOUI et Abdelkader OUAZZANI, ce rendez-vous scientifique s’est imposé comme un moment de haute intensité intellectuelle.
Le texte introductif du colloque posait d’emblée la profondeur de l’enjeu : si l’art est la trace du passage de l’homme sur terre, il est aussi ce qui lui permet de supporter la vie, de comprendre le monde et parfois de s’en protéger. Les citations de Timothy Binkley, d’Aristote, de Frank Sibley ou de Malraux rappelaient que l’œuvre ne vaut pas seulement par ce qu’elle montre, mais par ce qu’elle fait voir, entendre ou ressentir. Il n’est pas de jugement esthétique sans perception, et il n’est pas de perception sans éveil de conscience. L’art devient ainsi un instrument de connaissance, une école de lucidité, un espace de résistance à la violence, à l’individualisme ou aux replis identitaires.
La séance d’ouverture fut un moment fort, révélateur de l’esprit du colloque. Dans un discours profond et nuancé, le doyen de la FSJES Dhar El Mehraz professeur Mohammed BOUZLAFA a invité le public à dépasser les frontières disciplinaires pour saisir les synergies fertiles entre droit, littérature et art. Il a rappelé que le droit n’est pas seulement rigueur normative, mais aussi récit, esthétique, langage symbolique. « Le droit, comme la littérature, est un récit qui raconte une société, ses valeurs, ses espoirs », a-t-il affirmé, avant d’évoquer ces métaphores, ces figures et ces silences « parfois plus éloquents que les mots ». Le propos, limpide et sensible, a donné le ton d’un colloque où les disciplines cessent de s’ignorer pour mieux s’éclairer.
La représentante de Mme la Consule générale de France à Fès, Wahiba OUAZZANI, a salué l’importance de cette rencontre et mis en lumière « le rôle essentiel joué par l’Institut Français de Fès, toujours présent aux côtés de l’USMBA pour accompagner, soutenir et valoriser les initiatives scientifiques et culturelles ». Ce rappel a trouvé un écho particulier dans une salle comble, signe d’un engouement rare pour une réflexion transversale devenue indispensable dans un monde fragmenté.
Ce fut ensuite au tour du Pr. Abdelkader OUAZZANI d’offrir un moment suspendu. Dans un bilinguisme poétique où le français et l’arabe se répondaient avec naturel, son intervention a provoqué un tonnerre d’applaudissements. À travers son phrasé maîtrisé, son sens de l’image et sa manière d’accorder les mots à la hauteur des idées, il a incarné ce que ce colloque cherchait précisément à défendre : un dialogue des langues, des cultures et des sensibilités comme voie d’élévation.
Dans un mot d’ouverture chaleureux, Rachid MARZGUIOUI a remercié le doyen de la FSJES pour son soutien constant aux activités scientifiques de la Faculté, tout en saluant le travail minutieux du comité d’organisation. Ce moment de gratitude a souligné le caractère profondément collectif de cette entreprise intellectuelle.
La modération assurée par la pr. Mme Zahra TENKOUL a été unanimement saluée. Avec un sens rare du rythme, de la précision et de l’écoute, elle a su donner leur juste place aux interventions, tout en rappelant les questions essentielles qui traversent notre époque : « Comment continuer à faire humanité ensemble ? », « Quelles valeurs universelles peuvent encore nous rassembler ? », « Comment la création artistique peut-elle aider la société à se regarder sans se déchirer ? ». Sous sa conduite, la séance inaugurale a trouvé son équilibre entre rigueur scientifique et intensité sensible.
La première grande conférence, Arts et désastres : quelle liaison ?, a été donnée par le Pr. Abderrahmane TENKOUL, dans une atmosphère d’attention profonde. Sous l’excellente modération du Pr. Adil LOUCHKLI, il a exploré la manière dont l’art permet de comprendre, d’amortir ou d’interpréter les crises contemporaines. Dans sa déclaration au micro d’universitatv — média qui accompagne fidèlement la FSJES de Fès depuis janvier 2021 — il a insisté sur la nécessité pour les étudiants de développer des outils d’analyse et des compétences heuristiques capables de mettre à distance « les grands récits idéologiques aujourd’hui dépassés » et de naviguer dans un monde secoué par les transitions écologiques, numériques et politiques. « On ne peut pas créer de futur sans multidisciplinarité », a-t-il martelé, rappelant par ailleurs le rôle historique du Maroc comme terre de diffusion du savoir.
La salle, comble durant toute la durée du colloque, témoignait de l’appétit du public pour une réflexion décloisonnée, vivante et ancrée dans les défis contemporains. Le comité d’organisation a été chaleureusement applaudi, et un clin d’œil appuyé a été adressé à Aya CHAOUCHE et Benatiya ANDALOUSSI Mohammed, du master d’excellence en sciences administratives et financières, pour leur implication déterminante.
L’un des moments les plus appréciés fut également la pièce de théâtre en anglais présentée par les étudiants du département d’anglais de la Faculté des Lettres, membres de la troupe Arc-en-ciel, mise en scène sous la direction du Pr. Driss DAHBI et écrite par la professeure Fouzia BADDOURI. L’engagement scénique des étudiants, la force du texte et la dynamique du jeu ont suscité des applaudissements nourris, confirmant que l’art, sous toutes ses formes, pouvait dialoguer avec l’univers académique sans s’y perdre.
Au terme de ces deux journées denses, un sentiment s’est imposé : celui d’une communauté universitaire qui refuse les cloisons, qui croit au pouvoir des arts dans la formation de l’esprit, qui mise sur la culture pour comprendre et pour agir. Le colloque n’a pas seulement exploré les liens entre disciplines, il a ravivé une intuition ancienne : la connaissance n’est jamais aussi féconde que lorsqu’elle circule entre les langues, les savoirs, les générations et les institutions, pour proposer à la société non des certitudes, mais un horizon partagé.










































