Fès accueille une nouvelle pierre angulaire pour la souveraineté scientifique régionale
Hicham TOUATI
À la Cité de l’Innovation, l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah et le CNRST ont scellé un partenariat stratégique pour doter la région d’une Unité d’Appui Technique à la Recherche Scientifique. Une infrastructure appelée à transformer durablement les capacités d’analyse, la compétitivité des chercheurs et l’ancrage territorial de l’innovation.
À Fès, dans l’enceinte de la Cité de l’Innovation, inaugurée par Sa Majesté le Roi en 2007, la signature d’une convention stratégique entre l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA) et le Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST) a pris l’allure d’un moment fondateur. Devant un parterre composé de l’ensemble des doyens et directeurs des établissements de l’université, de professeurs-chercheurs, de responsables de laboratoires, de doctorantes et doctorants, ainsi que de représentants des médias, l’installation d’une Unité régionale d’appui technique à la recherche scientifique (UATRS-R) a été présentée comme un tournant pour l’écosystème scientifique régional.
Ouvrant la cérémonie, le président de l’USMBA a inscrit d’emblée l’initiative dans une vision de long terme. Saluant « une excellente initiative » du ministère et le choix porté sur son université, il a souligné qu’il s’agissait à la fois d’un honneur et d’« une responsabilité majeure » que l’institution entend assumer « avec engagement et détermination ». L’objectif, a-t-il rappelé, est clair : rapprocher les infrastructures scientifiques des territoires et faciliter l’accès des chercheurs à des services techniques de haut niveau. Dans un contexte de restructuration récente de la recherche universitaire, achevée début 2025, l’établissement a identifié ses domaines d’excellence et mobilisé près de 20 millions de dirhams pour soutenir laboratoires, doctorants, mobilité scientifique et valorisation. L’arrivée de l’UATRS-R vient ainsi renforcer une dynamique déjà engagée, en renouvelant des plateformes technologiques qui réalisent en moyenne 12 000 analyses par an et en permettant l’accès à des équipements de pointe, de la spectrométrie avancée à la microscopie électronique, en passant par le séquençage génétique et l’analyse des matériaux.
Au-delà de la performance technique, le président a insisté sur la portée territoriale du projet. Cette unité, a-t-il expliqué, doit consolider la recherche expérimentale et le développement technologique à l’échelle régionale, favoriser l’émergence de projets collaboratifs et renforcer les liens entre université, entreprises et acteurs socio-économiques. L’ambition affichée est celle d’un ancrage plus fort de la recherche dans les besoins du territoire, condition essentielle pour transformer la connaissance en levier de développement.
La directrice du CNRST, la professeure Jamila El Alami, a pour sa part replacé cette initiative dans la stratégie nationale de structuration des infrastructures scientifiques. Insistant sur la nécessité de mutualiser les équipements lourds et de garantir aux équipes de recherche un accès équitable à des technologies de haut niveau, elle a souligné que les unités régionales constituent un instrument clé pour réduire les disparités territoriales et améliorer la qualité des productions scientifiques. En renforçant les capacités d’analyse, a-t-elle indiqué, ces plateformes contribuent directement à la fiabilité des résultats, à l’attractivité des projets collaboratifs et à l’intégration des chercheurs marocains dans les réseaux internationaux.
Prenant la parole au nom du ministère, le professeur Redouane Assad, conseiller auprès du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, a rappelé que la création de ces structures s’inscrit dans une politique nationale visant à faire de la recherche un pilier de la compétitivité du pays. L’enjeu, a-t-il souligné, dépasse le cadre académique : il s’agit de soutenir l’innovation, d’accompagner le transfert technologique et de renforcer la contribution de la science aux priorités économiques et sociétales. En rapprochant les infrastructures des chercheurs et en stimulant les synergies interuniversitaires, ces unités doivent permettre au Maroc de gagner en efficacité, en visibilité et en souveraineté scientifique.
La convention signée à Fès apparaît ainsi comme bien plus qu’un accord institutionnel. Elle consacre une convergence d’ambitions entre une université engagée dans la modernisation de son dispositif de recherche, un organisme national chargé de structurer l’appui scientifique, et un ministère déterminé à territorialiser les capacités technologiques. Dans les regards des jeunes doctorants présents lors de la cérémonie, se lisait déjà l’attente d’un accès facilité à des outils jusque-là rares ou éloignés.
À l’heure où la compétition scientifique mondiale se joue autant sur l’excellence des idées que sur la qualité des infrastructures, l’installation de l’UATRS-R marque une étape décisive pour la région de Fès-Meknès. Si les promesses sont tenues, cette plateforme pourrait devenir un catalyseur de talents, un accélérateur de partenariats et un point d’ancrage pour une recherche plus ouverte, plus collaborative et plus utile. Car derrière les équipements et les protocoles, c’est bien une ambition plus large qui se dessine : faire de la science un moteur concret de développement et d’avenir.








