Un 11-Novembre d’unité et de reconnaissance : France, Maroc et jeunesse réunis au cœur de la mémoire

Un 11-Novembre d’unité et de reconnaissance : France, Maroc et jeunesse réunis au cœur de la mémoire

Hicham TOUATI 

Au cimetière européen de Fès, la commémoration du 11 novembre 1918, présidée par la Consule générale de France Mme Carine FOELLER VIALLON, a réuni ce mardi 11 novembre 2025 le wali de la région Fès-Meknès Khalid AÏT TALEB, les autorités civiles et militaires, les anciens combattants, le public et des élèves dont la lecture en français et en arabe a donné à la cérémonie une profondeur singulière. Dans un temps suspendu, la mémoire des tirailleurs marocains et de tous les morts pour la France a trouvé, une fois encore, son chemin vers l’universel.

Dans l’air vif de ce matin de novembre, le cimetière européen de Fès s’est transformé en un espace de recueillement partagé, où les souvenirs des guerres se sont noués à la présence attentive des vivants. Sous un ciel clair, la Consule générale de France à Fès, Mme Carine FOELLER VIALLON, a ouvert la cérémonie du 11 novembre par une allocution empreinte d’émotion et d’une rigueur historique profonde. Face à elle, aux côtés du wali de la région Fès-Meknès, M. Khalid AÏT TALEB, du Commandant délégué de la place d’armes de Fès, d’éminentes autorités civiles et militaires, des anciens combattants et d’un large public, la jeunesse marocaine a pris place, silencieuse et attentive, comme un symbole de transmission.

Dans son discours, la diplomate française a rappelé, avec une voix qui mesurait le poids des siècles, que « la France se souvient ». Se souvient des millions d’hommes venus de toutes origines défendre l’idéal de liberté et de fraternité, se souvient de la fin d’une guerre qui, il y a 107 ans, avait laissé l’Europe ravagée et les consciences meurtries. Parmi ces visages, ceux des tirailleurs et spahis marocains occupaient une place centrale : près de 40 000 soldats marocains engagés pendant la Grande Guerre, dont 11 000 tombés au champ d’honneur. Ils reposent désormais sous les croissants, les étoiles ou les croix qui jalonnent les nécropoles militaires françaises, et leur courage, inscrit dans l’histoire militaire, demeure une dette de reconnaissance éternelle.

L’allocution de Mme FOELLER VIALLON a longuement évoqué cette fraternité d’armes, née dans la boue des tranchées et poursuivie bien au-delà de 1918, jusque dans les combats de la Seconde Guerre mondiale. Elle a ressuscité les noms de Verdun, de la Marne, du Chemin des Dames, des plages de Provence ou encore de la ligne Hindenburg, pour rappeler l’héroïsme des soldats venus du Maroc, du Maghreb, d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie. Elle a également convoqué la figure de Marc Bloch, historien et résistant, dont la phrase résonnait comme une mise en garde : « L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé : se souvenir, c’est rester fidèles à la paix. »

Mais la singularité de cette commémoration à Fès s’est révélée dans un moment d’une grande intensité : la prise de parole des élèves. Leurs voix :sobres, précises, vibrantes, ont lu deux courts textes, l’un en français, l’autre en arabe, inspirés d’un discours de Maurice Genevoix, ce poète-soldat qui fit entrer au Panthéon ses compagnons tombés aux Éparges. Par leur diction délicate, ces jeunes ont rappelé que la paix n’est jamais acquise, qu’elle se construit dans la mémoire, le respect et la vigilance. En français, ils ont dit : « Les morts de 14-18 nous parlent encore : ‘Regardez ce que fut notre douleur, et choisissez, vous, la lumière.»

Le contraste entre ces voix juvéniles et la solennité du lieu a donné à la cérémonie une dimension presque méditative. Sous le regard des anciens combattants, dont certains tenaient entre leurs mains des décorations patinées par le temps, la jeunesse marocaine offrait un message de paix, de fraternité et de responsabilité. Leur présence, saluée par les autorités, rappelait la force de la transmission : c’est par eux que les leçons de l’histoire survivront aux siècles, que les valeurs de courage et d’humanisme pourront encore irriguer l’avenir.

En clôturant la cérémonie, la Consule générale a rappelé l’espérance qui anime la France lorsqu’elle célèbre ses anciens et honore ses alliés : une espérance de paix durable, construite ensemble, dans l’unité des peuples. Et ses derniers mots : « Vive la République, Vive la France, Vive le Royaume du Maroc ». ont dessiné ce pont singulier qui relie Fès aux plaines de Champagne, Verdun aux écoles de la région, la mémoire d’hier au monde que les générations futures auront à construire.

En quittant le cimetière européen, chacun mesurait que cette commémoration dépassait la simple évocation d’un armistice. Elle disait la permanence du lien entre les deux rives, la force des sacrifices partagés, et la nécessité de transmettre une mémoire qui ouvre, non pas sur le passé, mais sur l’universel. Car c’est dans la conscience lucide des douleurs d’hier que s’invente, encore et toujours, la paix de demain.