À Fès-Meknès, l’alliance AREF–Institut français entre dans sa phase concrète

À Fès-Meknès, l’alliance AREF–Institut français entre dans sa phase concrète

Hicham TOUATI 

Deux dates, deux moments, une même trajectoire. Le 16 décembre 2025, devant le ministre de l’Éducation nationale, l’AREF Fès-Meknès et l’Institut français ont officialisé une convention appelée à structurer leur coopération. Deux mois plus tard, le 16 février 2026, réunie au siège de l’Académie, la commission régionale mixte s’est attachée à transformer cet engagement en feuille de route opérationnelle. Entre solennité institutionnelle et travail de terrain, le partenariat s’installe désormais dans le temps long, avec l’ambition d’agir au plus près des élèves et des enseignants.

La scène inaugurale s’était déroulée au lycée Karaouiyine, en marge du conseil administratif de l’AREF présidé par le ministre. Ce jour-là, la signature de la convention-cadre ne relevait pas seulement du protocole. Elle consacrait publiquement la volonté des deux institutions de renforcer un partenariat ancien en lui donnant une portée stratégique, alignée sur les priorités nationales et sur les orientations régionales. L’acte, posé en présence des responsables académiques et des partenaires institutionnels, marquait un changement d’échelle : la coopération éducative devenait un instrument assumé au service de l’équité, de l’innovation et de la réussite scolaire.

Au micro d’UniversitaTV, Caren Foeller Viallon, Consule générale de France à Fès et directrice de l’Institut français de Fès, en avait précisé l’esprit : « Nous signons aujourd’hui une convention revisitée avec l’AREF Fès-Meknès pour consolider un partenariat ancien, mais auquel nous voulons donner un nouvel élan, une nouvelle dynamique. » Elle insistait sur un objectif concret, destiné « aux jeunes, aux enseignants et à l’ensemble de la communauté éducative », et sur l’élargissement du champ d’action au-delà de la seule langue française, vers les disciplines non linguistiques, les compétences numériques et les pratiques pédagogiques innovantes, notamment dans la prévention du décrochage scolaire.

Le 16 février 2026, au siège de l’AREF Fès-Meknès, la commission régionale mixte a marqué une étape décisive : celle du passage de l’intention à l’organisation. Autour du directeur de l’Académie, de la Consule générale de France à Fès, de la directrice de l’Institut français de Fès et du directeur de l’Institut français de Meknès, la réunion a été consacrée à l’évaluation du programme d’action 2025 et à l’examen des priorités pour 2026. Les échanges ont confirmé la solidité d’une coopération déjà active : appui au préscolaire public, accompagnement des universités régionales de formation pour renforcer les compétences pédagogiques, et déploiement d’une « Caravane de la coopération » destinée à rapprocher les dispositifs des établissements et des équipes.

Sur cette base, le programme 2026 entend élargir les interventions autour de plusieurs axes structurants : consolidation de l’enseignement du français, développement des disciplines non linguistiques, renforcement des activités parascolaires, promotion de la lecture, et montée en puissance des compétences numériques à travers la robotique et l’informatique. L’objectif affiché est clair : améliorer la qualité des apprentissages tout en dotant les élèves de compétences linguistiques, numériques et créatives adaptées aux exigences contemporaines.

Un autre principe traverse l’ensemble du dispositif : l’équité territoriale. Dès décembre, Caren Foeller Viallon évoquait une action « hors les murs », destinée à aller à la rencontre des publics éloignés des centres urbains. Les initiatives déjà menées en donnent la mesure. À Taounate, des ateliers destinés au préscolaire et au primaire ont ouvert la dynamique. À Taza, en janvier, le programme s’est poursuivi, tandis que Sefrou figure parmi les prochaines étapes. Dans certains établissements pilotes, des ateliers de lecture à voix haute, de prise de parole, de contes ou encore de Lego éducatif permettent aux élèves d’expérimenter autrement l’apprentissage et de renforcer leur confiance.

Au-delà des activités, l’impact attendu se situe à plusieurs niveaux. Pour les élèves, il s’agit d’élargir les horizons par la maîtrise du français, l’accès aux outils numériques, la découverte de parcours linguistiques et l’ouverture à l’international, notamment à travers les perspectives de mobilité. Pour les enseignants et les cadres éducatifs, la coopération vise à renforcer la formation continue et à accompagner l’évolution des pratiques pédagogiques. Pour l’Académie, enfin, ce partenariat constitue un levier pour mettre en œuvre les orientations de la feuille de route 2022-2026, en matière de professionnalisation, d’innovation et de réduction des inégalités.

La séquence ouverte entre le 16 décembre 2025 et le 16 février 2026 illustre ainsi un passage progressif du symbole à l’action. La signature devant le ministre a donné au partenariat sa légitimité politique et institutionnelle. La réunion de la commission mixte en a défini les mécanismes, les priorités et les indicateurs d’avancement.

Reste maintenant à transformer l’élan en résultats durables. Car au-delà des dispositifs annoncés, l’enjeu est de faire vivre cette coopération dans la réalité quotidienne des classes, au rythme des territoires et des besoins des équipes. Si les orientations fixées trouvent leur traduction dans la formation des enseignants, l’accompagnement des établissements et l’épanouissement des élèves, ce partenariat pourrait s’imposer comme un modèle de coopération utile, mesurable et reproductible. À l’échelle de Fès-Meknès, l’ambition est claire : faire de l’ouverture, de l’innovation et de l’équité non plus des objectifs à atteindre, mais des acquis partagés par toute une génération d’apprenants.