À Fès, une journée pour célébrer la langue française : quand les enseignants réinventent l’école et l’avenir

À Fès, une journée pour célébrer la langue française : quand les enseignants réinventent l’école et l’avenir

Hicham TOUATI 

Organisée conjointement par l’Institut français de Fès et la Direction provinciale de l’Éducation nationale, la Journée internationale des professeurs de français a offert, ce 29 novembre, un moment vibrant d’échanges, d’innovation et de célébration. Entre outils numériques, intelligence artificielle, musique et enthousiasme partagé, la rencontre a révélé une communauté éducative soudée et inspirée.

Il y avait, ce samedi matin, une effervescence rare à l’amphithéâtre Moulay Slimane. Les professeurs de français, venus de tous les cycles, avaient répondu massivement présent à l’invitation de l’Institut français de Fès et de la Direction provinciale de l’Éducation nationale. Au-delà du simple rendez-vous professionnel, la rencontre portait la marque d’une véritable fête pédagogique, où la langue française, son enseignement et son avenir prenaient une couleur profondément humaine.

Dès les premières minutes, Mme Wahiba Ouazzani a su donner à l’événement son tempo : généreux, fluide, chaleureux. Sa manière d’animer, entre élégance discrète et écoute active, a inspiré au public des applaudissements spontanés, comme pour saluer une présence capable de fédérer et de donner sens. Cette tonalité, faite de confiance et d’ouverture, s’est prolongée tout au long de la matinée.

Le programme, riche et harmonieux, a permis d’explorer différentes dimensions du métier d’enseignant de français. La construction collective d’un nuage de mots autour des représentations du métier a ouvert un moment de réflexion sensible, presque intime, avant que le professeur Tebbane ne guide les participants dans la découverte de la nouvelle version d’IFprofs. Le Kahoot qui a suivi a transformé l’amphithéâtre en un espace de jeu sérieux, de complicité professionnelle et de sourires complices.

La présentation de Mme Hajar Njioui sur l’usage pédagogique de l’intelligence artificielle a constitué l’un des temps forts de cette journée. En évoquant la génération d’exercices, la correction assistée, l’analyse de lectures ou encore la remédiation différenciée, elle a montré comment l’IA peut devenir un prolongement de la créativité professorale, un outil capable de libérer du temps, d’affiner l’accompagnement des élèves et d’ouvrir des voies nouvelles dans des classes souvent hétérogènes. Son intervention a été accueillie avec l’attention qu’inspire une parole qui éclaire et qui projette.

Puis la musique est venue tisser un fil sensible entre tous les participants. Trois chansons, interprétées par une chanteuse à la voix ample et lumineuse, accompagnée d’un guitariste dont la maîtrise relevait presque de l’artisanat poétique, ont suspendu le temps. Dans ces instants harmonieux, l’amphithéâtre a cessé d’être un simple lieu de formation pour devenir un espace partagé de beauté et d’émotion.

Ce moment, justement, a été saisi avec une sensibilité particulière par les élèves journalistes de la Direction provinciale de Fès. Leur présence sur scène n’était pas seulement technique : elle était incarnée, attentive, passionnée. « Nous avons ressenti une joie immense d’être là », expliquaient-ils avec une sincérité touchante une fois les appareils rangés. Ils décrivaient l’événement comme une occasion rare d’apprendre autrement, au contact direct de professionnels engagés, mais aussi de se sentir utiles, pleinement intégrés au cœur de la dynamique éducative. Leur fierté éclatait dans leurs mots : fierté d’avoir capturé des images, d’avoir immortalisé des instants, d’avoir mené une interview attentive avec Mme Ouazzani ; fierté aussi d’être accompagnés par leur professeur de presse scolaire, dont ils saluaient « l’écoute, les conseils et la confiance qui donne envie de se dépasser ». Ils parlaient de cette matinée comme d’une expérience fondatrice, « l’une de celles qui donnent envie de continuer, d’écrire, de raconter, de découvrir ».

La journée s’est ensuite conclue par une dictée chantée, moment ludique et fédérateur, qui a réuni toutes les voix dans un même élan. L’amphithéâtre tout entier, porté par l’enthousiasme collectif, s’est laissé entraîner dans une célébration joyeuse de la langue française.

En quittant les lieux, chacun semblait emporter une part de cette matinée : une idée neuve, une émotion musicale, une découverte numérique, ou simplement la certitude que l’enseignement du français reste un espace vivant, capable d’allier rigueur et sensibilité, tradition et innovation. Une journée qui disait, avec clarté, qu’à Fès, la langue française n’est pas seulement enseignée : elle est vécue, partagée et réinventée.