À la FSJES de Fès, le professeur Radouane Mrabet revient en conférencier et invite les doctorants à repenser leur rapport à l’intelligence artificielle

À la FSJES de Fès, le professeur Radouane Mrabet revient en conférencier et invite les doctorants à repenser leur rapport à l’intelligence artificielle

Universitatv

Revenir dans « sa » maison universitaire, cette fois en qualité de conférencier : c’est sous les applaudissements des étudiants, des enseignants et des membres du staff administratif que le professeur Radouane Mrabet, ancien président de l’USMBA, a pris la parole à la Faculté des sciences juridiques de Fès, lors d’une rencontre marquée par l’écoute, l’échange et une forte charge symbolique.

Dans la salle des conférences de la bibliothèque de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, l’atmosphère avait ce mélange rare de solennité et de familiarité qui accompagne les grands moments universitaires. Ce lundi 29 décembre 2025, le Laboratoire des Études Juridiques et Politiques accueillait le professeur Radouane Mrabet, ancien président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah et professeur émérite à l’ENSIAS de Rabat, invité à animer une conférence consacrée aux transformations de la recherche scientifique à l’ère de l’intelligence artificielle. La salle était comble, et les applaudissements nourris qui ont accompagné son arrivée traduisaient à la fois la reconnaissance institutionnelle et l’émotion des retrouvailles.

La conférence, intitulée « L’ère du savoir augmenté : comment l’intelligence artificielle redéfinit la méthodologie et l’éthique de la recherche scientifique, les sciences juridiques comme exemple », s’inscrivait dans une réflexion académique de fond sur l’impact structurel de l’IA sur la production du savoir et sur les responsabilités nouvelles qui en découlent pour les chercheurs. Loin des discours technophiles ou alarmistes, le professeur Mrabet a adopté une posture lucide, exigeante, résolument tournée vers la formation des doctorants et la consolidation de l’intégrité scientifique.

Avec une voix calme et posée, il a rappelé que l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui en profondeur plusieurs secteurs, dont la recherche scientifique, et que cette mutation, inéluctable, appelle davantage d’esprit critique que de fascination. Face aux doctorants présents en nombre, il a insisté sur la nécessité d’un usage maîtrisé et éthique des outils d’IA générative : « L’intelligence artificielle peut vous aider, mais elle ne doit jamais vous remplacer. Vous êtes les chercheurs, et vous devez rester maîtres de vos travaux », a-t-il déclaré, soulignant qu’il ne s’agit pas seulement d’une question technique, mais d’un enjeu de responsabilité intellectuelle.

La rencontre s’est distinguée par une forte interactivité. Le conférencier a interrogé les étudiants sur leurs pratiques, leurs hésitations, leurs rapports concrets aux outils numériques. Les échanges ont porté sur la déclaration de l’usage de l’IA dans les publications scientifiques, sur la question de l’attribution de l’œuvre générée, mais aussi sur les risques de standardisation de la pensée. Le professeur Mrabet a plaidé pour l’adoption de chartes universitaires encadrant l’usage de l’IA et pour des décisions institutionnelles claires afin de préserver la qualité scientifique des travaux produits au sein des universités.

À la sortie de la conférence, les impressions recueillies témoignaient d’un intérêt marqué et d’une réelle satisfaction. Ahmed, doctorant en droit public, évoquait « une intervention éclairante, qui nous donne des repères concrets pour intégrer l’IA sans renoncer à notre identité de chercheurs ». Hicham, engagé dans une thèse à l’intersection du droit et du numérique, confiait avoir ressenti « le plaisir de revoir un ancien président qui a beaucoup compté pour l’université, et qui revient aujourd’hui non pas dans la posture de l’autorité, mais dans celle du pédagogue ».
Pour Fatimazahra, la conférence a surtout rappelé l’importance de la dimension éthique : « Le message était clair : la recherche a une âme, et l’IA ne doit pas lui enlever cette profondeur humaine. » Nada, doctorante en sciences juridiques, évoquait quant à elle « un moment rare, qui lie savoir, mémoire institutionnelle et ouverture sur l’avenir ».

Le doyen de la faculté a exprimé, avec une émotion mesurée, le privilège d’accueillir à nouveau celui qu’il a décrit comme « un acteur majeur du développement de l’USMBA durant son mandat de présidence ». Il a salué la pertinence de la thématique, soulignant qu’elle s’inscrit au cœur des préoccupations actuelles de la communauté académique et qu’elle ouvre une voie de réflexion constructive pour l’université marocaine.

Lorsque les derniers applaudissements ont résonné dans la salle, restée pleine jusqu’au dernier instant, un sentiment partagé semblait se dégager : celui d’une confiance renouvelée dans la capacité de l’université à penser les mutations de son temps sans renoncer à ses exigences intellectuelles. Entre rigueur scientifique, regard critique et fidélité à l’esprit académique, cette rencontre a rappelé que l’intelligence artificielle n’est pas une fin en soi, mais un outil qui n’a de sens que lorsqu’il prolonge, sans la diluer, la responsabilité humaine du chercheur.