Au collège An-Nassim de Fès, un souffle nouveau : quand l’établissement s’ouvre, le quartier répond
Hicham TOUATI
Dans le quartier populaire Al-Massira, le collège An-Nassim a célébré, ce 18 novembre 2025, un jour national chargé de mémoire et d’émotion. À travers un programme artistique préparé avec soin, une direction renouvelée et des partenaires éducatifs mobilisés, l’établissement a offert une image transfigurée d’un lieu en pleine renaissance, porté par ses élèves, son équipe pédagogique et un environnement qui retrouve, peu à peu, la fierté de l’accompagner.
La matinée avait la vivacité de ces journées où un établissement change de visage. Au collège An-Nassim de Fès, l’air portait quelque chose de différent : un mélange d’enthousiasme, de discipline et de chaleur humaine qui témoignait de l’élan nouveau insufflé par une direction décidée à reconstruire la confiance entre le collège, ses élèves et son quartier. À l’occasion de la célébration de la Marche verte, de la Fête de l’unité et de la Fête de l’indépendance, l’établissement, en collaboration avec l’Association des mères et pères d’élèves, avait préparé un programme dense, pensé pour raconter l’histoire nationale avec la joie, la sincérité et la fraîcheur du regard adolescent.
Dès l’ouverture du programme, le ton était donné : chorégraphies, pièces théâtrales, chants patriotiques en arabe et en français, tableaux symboliques autour de la Marche verte et du Sahara marocain… Les élèves, portés par leurs professeurs et les associations partenaires, ont livré des prestations d’une étonnante maturité. Par moments, la salle vibrait comme une scène de grand festival, tant l’énergie qui circulait entre les artistes en herbe et le public semblait abolir les distances. « L’école, expliquait le directeur dans son mot de bienvenue, n’est plus un espace figé. Elle devient un lieu où l’élève passe de la posture passive à celle de l’acteur engagé dans sa communauté ». Une phrase simple qui paraissait résumer la transformation visible dont l’établissement est aujourd’hui le théâtre.
La célébration a aussi été marquée par une présence institutionnelle et associative d’une rare densité. Aux côtés du corps enseignant et des familles, on pouvait distinguer le président de l’Association nationale pour la défense et la protection des symboles sacrés, Ibrahim REGUIBI, accompagné d’un important groupe associatif. Étaient également présents le Caïd de la zone administrative Al-Massira, le chef du district de la sûreté de l’arrondissement Al-Massira, plusieurs élus locaux, ainsi que des directrices et directeurs venus soutenir l’établissement. Cette mobilisation élargie reflétait l’intérêt porté à un collège qui cherche à se réinventer et à reprendre sa place au cœur du tissu social.
Dans une intervention empreinte de pédagogie et d’histoire, Ibrahim REGUIBI est revenu sur les jalons essentiels de la question nationale : le discours prononcé par feu Mohammed V â Mhamud ElGhizlain en 1958, la Marche verte de 1975, la récupération de Oued Eddahab en 1979, jusqu’à la consécration récente du 31 octobre 2025, jour où la résolution 2797 du Conseil de sécurité a reconnu l’autonomie sous souveraineté marocaine dans les provinces du Sud. Il a rappelé que sa présence à Fès s’inscrit dans un projet itinérant intitulé « Je suis citoyen », destiné à rencontrer des élèves de Fès, El Hajeb, Ifrane, Boulemane et Sefrou, pour raviver « l’esprit de la Marche verte comme moteur d’unité et levier de développement ».
Si la dimension patriotique du programme fut incontestablement forte, l’une des réussites du jour tenait aussi au rôle structurant joué par les partenaires éducatifs, en particulier la Confédération nationale des associations de parents d’élèves – section de Fès. Soutien constant de l’établissement, elle a accompagné l’organisation de l’événement avec rigueur et sens de l’intérêt collectif. Sa vice-présidente, qui assurait la présentation de la cérémonie, a su donner au déroulé du programme une touche de fluidité et d’élégance rare, établissant un lien naturel entre les différentes séquences et le public.
De leur côté, les associations partenaires ont contribué de manière décisive à la réussite du spectacle, qu’il s’agisse de l’encadrement des répétitions, de la préparation des décors ou de la mise en scène. On sentait, dans chaque détail, que l’établissement avait décidé de travailler avec son environnement plutôt que de l’ignorer, et que le quartier avait répondu à cet appel avec une disponibilité qui dément les stéréotypes longtemps associés au collège.
La presse scolaire, elle aussi, avait répondu présente. Carnets, micros, appareils photo : les jeunes reporters du collège, encadrés par leur formateur, ont couvert l’événement avec un professionnalisme prometteur, attentifs aux paroles, aux gestes, aux émotions. Leur présence donnait une profondeur supplémentaire à ce moment de célébration, comme si l’établissement s’observait lui-même à travers un miroir d’avenir.
La journée s’est conclue par une marche symbolique à l’extérieur du collège. Élèves, parents, invités et membres du quartier ont parcouru ensemble les rues avoisinantes dans un cortège joyeux où flottaient drapeaux, sourires et chants patriotiques. Une manière de dire que l’établissement n’est plus enfermé dans ses murs, mais qu’il avance, avec et parmi les siens.
À An-Nassim, ce 18 novembre n’était pas seulement une fête nationale. C’était un signe. Celui d’un établissement qui se relève, d’un quartier qui accompagne, d’un lien social que l’on retisse patiemment. Un jour où l’éducation, la mémoire et l’espoir ont marché main dans la main.



























