En hommage au Pr Hassan Smili Penser les enseignements transversaux à l’Université marocaine Sens enjeux et dispositifs

En hommage au Pr Hassan Smili Penser les enseignements transversaux à l’Université marocaine Sens enjeux et dispositifs

Si l’Université a, pendant longtemps, été perçue comme un temple du Savoir et un havre pour l’esprit en quête d’érudition, force est de constater que sa mission a considérablement évolué au fil du temps sous la pression des grands changements socio-économiques liés à la mondialisation. L’école et la société marocaines sont appelées à s’engager dans des transformations majeures. C’est à l’Université marocaine de les anticiper, d’en évaluer l’impact avec le plus de justesse possible et de faire ressortir l’enjeu qu’elles représentent. 

    Afin de prendre la mesure de la tâche de refondation qui attend les enseignants-chercheurs et les formateurs, le Laboratoire CREDIF, en partenariat avec La Ligue marocaine des enseignants de français, a pris l’initiative d’organiser ce Colloque en hommage au Professeur Hassan Smili. Cette figure tutélaire du forum universitaire marocain a, très tôt, fait le choix de contribuer  à la refondation du système éducatif marocain par la réflexion et par le recul académique nécessaire au réajustement des réformes, toujours conjoncturelles, parfois hâtives.

L’orientation accélérée dans laquelle l’enseignement et la formation sont entraînés nous engage dans l’urgence de penser les transformations profondes que cette fuite en avant programmatique induit en terme de bouleversement du modèle intellectuel sur lequel repose la mission de l’école et celle de l’Université. 

Eduquer ou former ? Transmettre ou apprendre ? L’enseignement et l’apprentissage sont-ils des fins en soi ou doivent-ils être exclusivement des moyens pour rendre les élèves et les étudiants compétents tout au long de la vie ? Les compétences clés (compétences transversales communes à de multiples champs disciplinaires du curriculum) définies par les organismes internationaux et devant être communes  à tous les systèmes éducatifs des pays membres, tiennent-elles compte des spécificités et des pratiques de notre ère éducative et culturelle ? 
Autant de questions qui guideront nos travaux et nous conduiront peut-être à ouvrir des pistes alternatives alliant contraintes économiques et idéal humaniste en matière d’enseignement universitaire et de formation. 

Afin de présenter le contexte dans lequel s’inscrivent les travaux de ce Colloque, nous citerons cet extrait du Rapport du Conseil Supérieur de l’Education , de la formation et de la Recherche scientifique (n. 5/2019, p.9) : 
Le Maroc s’est engagé durant les dernières décennies dans une profonde restructuration de son modèle de développement socio-économique en ouvrant d’innombrables chantiers structurants dans divers secteurs (Industries, Énergie, Agriculture, Technologies, Services, etc…) de son activité économique dans un souci d’arrimage aux dynamiques productives de la valeur et de la croissance de par le monde. Ces orientations et ces choix induisent naturellement de nouvelles exigences et de nouvelles attentes à l’endroit du système de l’enseignement supérieur, considéré comme le principal pourvoyeur du capital humain, des ressources humaines, de l’ingénierie et de l’encadrement des activités socio-économiques du pays.  

De toute évidence, l’obligation d’accroître la productivité tout en accompagnant les progrès technologiques et l’évolution accélérée des secteurs d’activité  impose de mettre en relation, de façon plus directe, l’éducation et l’économie. Cette corrélation doit inévitablement entraîner des mutations profondes par lesquelles le rôle de l’école et les savoirs qu’elle transmet  seront redéfinis en fonction de la norme de l’employabilité.  Se pose  déjà la question de la teneur du rapport de dépendance qui lie la scolarisation et l’emploi . 

Les attendus intellectuels et pédagogiques de cette conversion fondamentale ont donné naissance, au sein de l’Université, à un débat contradictoire dont il nous reviendra de démêler les enjeux. Certains enseignants craignent que leurs habitus professionnels ne soient bousculés , d’autres accueillent les transformations, encore partielles, comme un gage de modernisation et de perfectionnement. Les premiers ne cachent ni leurs regrets ni leur amertume, cette reconfiguration s’avérant à leurs yeux par trop pragmatique en ce qu’elle menace d’écarter  l’Université de sa vocation première, celle de haut lieu académique et scientifique destiné à accueillir et à former intellectuellement les élites. Ils n’adhèrent pas à l’idée que l’Université s’astreigne désormais, dans une sorte de conformisme  globalisé et appauvrissant, à construire des compétences techniques ne dépassant pas la réalisation de tâches opérationnelles. Les autres défendent les lignes de force des mutations éducatives nouvellement introduites, considérant que c’est un gage de modernité.  

Ces débats reproduisent sans doute, de façon plus ou moins approfondies, des configurations intellectuelles qui gagneraient à être clarifiées, modélisées. Celles-ci rejoignent le double paradigme éducation / formation sur lequel se greffe l’opposition entre culture et qualification, savoir et agir, entre distanciation savante et implication fonctionnelle.  
Faut-il privilégier  les savoirs théoriques ou les savoirs d’action ? Les savoirs scolaires doivent-ils se rapprocher de l’expérience quotidienne ou valoriser les connaissances abstraites ?  Le rôle de l’école est-il d’éveiller et de développer les facultés de réflexion  à travers la transmission par l’appropriation d’œuvres du patrimoine littéraire et scientifique ou doit-on intégrer dans les dispositifs pédagogiques la familiarisation des élèves et des étudiants avec des tâches déterminées  préparant à la vie professionnelle? 

La complexification de ces interrogations devrait réinscrire l’Université dans son rôle véritable de pourvoyeuse des savoirs en direction de l’école (E. Kant). L’unversitarisation de  la formation, projet-phare enclenché par La Charte de l’éducation et de la formation redonne à l’Université la place qui est la sienne, il lui revient de s’engager dans l’immense chantier d’analyse et d’innovation ouvert par les mutations auxquelles elle est invitée  à participer avec responsabilité, exigence et rigueur.

C’est qu’il s’agit de gérer avec la plus grande vigilance les arguments de force en faveur du numérique et de l’IA,  les jeunes s’intéressent plus et comprennent mieux et les services pédagogiques offerts par l’IA soulageront les enseignants des tâches de préparation et d’évaluation . Les moyens technologiques ne se suffisent pas à eux-mêmes, utilisés avec la circonspection académique nécessaire, ils peuvent contribuer à créer des vocations. 

Afin d’être à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés, nous proposons de structurer ce Colloque autour des axes suivants :

-    Comment évaluer le choix de l’Institution de définir les compétences transversales en quatre volets : langues, soft-skills, méthodologie du travail universitaire et développement personnel ? Cette catégorisation se justifie-t-elle ?
-    Quels liens sont à construire entre interdisciplinarité et transversalité ?
-    Comment élaborer des dispositifs d’enseignement des langues via les plateformes interactives qui soient innovants et personnalisés ?
-    Comment favoriser un usage réfléchi et créatif du digital et de l’Intelligence artificielle dans l’enseignement apprentissage de toutes les disciplines ?