Euromed de Fès, treize ans d’audace et de patience

Euromed de Fès, treize ans d’audace et de patience

Hicham TOUATI 

Née d’une ambition euro-méditerranéenne à contre-courant des replis, l’Université Euromed de Fès s’est construite, pas à pas, comme un espace de savoir, de coexistence et d’exigence. Treize années d’efforts continus, de gouvernance patiente et d’investissements humains ont fini par porter leurs fruits, consacrés aujourd’hui par une reconnaissance nationale, africaine et mondiale. À l’heure où l’émotion l’emporte parfois sur la raison, il convient de rappeler l’essentiel : une institution ne se juge pas à l’aune d’un incident isolé, mais à la somme de ce qu’elle a patiemment bâti.

L’histoire de l’Université Euro-Méditerranéenne de Fès commence en 2012, dans un contexte régional où la Méditerranée cherchait de nouveaux langages communs. Le projet, labellisé par l’Union pour la Méditerranée, portait une promesse simple et audacieuse : faire de l’enseignement supérieur un trait d’union entre les peuples, un lieu où la connaissance circule plus vite que les préjugés. À Fès, ville de savoirs pluriséculaires et de brassage culturel, cette promesse a trouvé un ancrage naturel. L’Euromed n’est pas née d’une improvisation, mais d’une vision : celle d’une université à but non lucratif, ouverte sur le monde, enracinée dans son territoire et rigoureuse dans ses standards.

Treize ans plus tard, le chemin parcouru force le respect. Sous l’impulsion de son président Mostapha Bousmina, et grâce à l’engagement constant de ses équipes administratives, pédagogiques et techniques, l’université a opéré un véritable changement d’échelle. Bâtir une institution internationale ne relève pas du slogan ; c’est une somme de décisions quotidiennes, de recrutements exigeants, d’investissements lourds et d’une attention constante portée aux étudiants.
« Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement la qualité des cours, c’est la manière dont tout fonctionne ensemble », confie Leïla, étudiante marocaine en ingénierie. « On sent que l’université a été pensée comme un tout cohérent, où chacun a sa place. »

Cette cohérence se lit aussi dans les infrastructures. Le campus, conçu selon des normes internationales, offre des équipements pédagogiques et de recherche de haut niveau, des espaces de vie, de sport et de culture qui font de l’université un véritable lieu de vie.
« Je viens du Cameroun et j’ai étudié dans plusieurs établissements en Afrique », observe Junior, étudiant en management. « Rarement j’ai vu un campus aussi intégré. Ici, tout est pensé pour favoriser le travail, mais aussi la rencontre et l’échange. »

La reconnaissance n’a pas tardé à suivre. L’entrée de l’Euromed de Fès dans les classements internationaux, notamment ceux de Times Higher Education, avec un positionnement honorable à l’échelle mondiale et des rangs remarqués au niveau national et africain, n’est pas un trophée de circonstance. Elle vient sanctionner un travail de fond : gouvernance, qualité de l’enseignement, impact sociétal et ouverture internationale.
« Quand on parle de classement, on oublie parfois qu’il reflète notre quotidien », souligne Amina, étudiante sénégalaise. « Ici, on apprend à travailler ensemble, à respecter des rythmes et des cultures différentes. C’est cela, aussi, la réussite. »

Car l’un des traits les plus marquants de l’Euromed demeure la diversité de sa communauté étudiante. Plus de cinquante nationalités, majoritairement africaines et méditerranéennes, s’y côtoient, se rencontrent et se découvrent. Dans les couloirs, les langues se croisent ; dans les projets, les regards s’enrichissent.
« Je suis venu de Côte d’Ivoire avec une vision parfois limitée de l’autre », reconnaît Koffi, étudiant en sciences politiques. « Étudier ici m’a appris que la différence n’est pas une fragilité, mais une richesse collective. »

C’est pourquoi réduire l’histoire et l’identité de l’Euromed de Fès à une altercation isolée entre quelques étudiants, survenue dans le sillage émotionnel d’un match de football, serait non seulement injuste, mais intellectuellement malhonnête. Une université internationale est un microcosme du monde : elle n’est pas exempte de tensions ponctuelles, mais elle se définit par sa capacité à les dépasser et à continuer d’avancer.
« Ce genre d’incident ne reflète pas ce que nous vivons ici au quotidien », insiste Fatou, étudiante ivoirienne. « L’Euromed reste un espace de respect, de dialogue et d’apprentissage mutuel. »

Depuis sa création en 2012, l’Euromed de Fès a toujours été, et demeure, une université du vivre-ensemble. Elle s’est construite patiemment, grâce à une présidence engagée et à des équipes qui, souvent loin des projecteurs, donnent corps à un projet universitaire international crédible. Treize ans, à l’échelle d’une institution académique, ne sont qu’un commencement, mais un commencement déjà riche de résultats visibles et reconnus.

À l’heure où le débat public s’emballe vite, l’Euromed rappelle une évidence : une université se juge sur le temps long. À ce qu’elle transmet, à ce qu’elle relie et à ce qu’elle prépare pour l’avenir. Le reste n’est que bruit passager.