Round University Ranking 2026 : l’Université Euromed de Fès confirme son leadership national
Hicham TOUATI
Il est des classements qui flattent les institutions et d’autres qui les obligent. En arrivant, pour la deuxième année consécutive, en tête des universités marocaines dans le Round University Ranking 2026, publié le 9 juin, l’Université Euromed de Fès ne signe pas seulement une performance académique. Elle donne à voir la progression d’un établissement encore jeune, installé à Fès depuis quatorze ans à peine, mais déjà engagé dans une course exigeante où se mesurent la qualité de l’enseignement, la recherche, l’ouverture internationale et la capacité d’une université à produire du sens au-delà de ses amphithéâtres.
Dans l’enseignement supérieur contemporain, les classements ne disent pas tout. Ils peuvent simplifier des réalités complexes, réduire des trajectoires humaines à des scores, laisser dans l’ombre des missions moins quantifiables. Mais ils pèsent. Ils orientent les choix des étudiants, éclairent les décisions des familles, influencent les partenariats scientifiques, rassurent les employeurs, attirent les chercheurs et contribuent à dessiner la carte mondiale des savoirs. Pour une université marocaine, figurer durablement dans ces palmarès revient à entrer dans un langage international que comprennent les laboratoires, les agences d’accréditation, les entreprises, les bailleurs et les grandes écoles partenaires.
C’est précisément sur ce terrain que l’Université Euromed de Fès vient de consolider sa position. Déjà classée en 2025 première au Maroc, deuxième en Afrique après l’Université du Cap et 353e mondiale, avec un score de 66,367, elle devançait alors l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. L’édition 2026 confirme cette avance nationale. Dans un espace académique mondial dominé par des institutions historiques comme Harvard, Stanford, le Massachusetts Institute of Technology, Caltech, Yale, Johns Hopkins, Oxford, Cambridge, l’Imperial College London, l’ETH Zurich, la National University of Singapore ou l’Université de Tokyo, le maintien de l’UEMF au premier rang marocain prend une signification particulière. Il ne s’agit plus d’un éclat isolé, mais d’une continuité.
L’exploit est d’autant plus remarquable que l’UEMF n’a pas l’âge des grandes universités séculaires auxquelles elle se mesure indirectement. À Fès, ville où le savoir porte une mémoire millénaire, l’institution a choisi une voie différente : celle d’un campus tourné vers l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, fondé sur le multilinguisme, la mobilité, l’innovation et la coopération scientifique. En quatorze ans, elle a réussi à se ménager une place dans un paysage marocain de plus en plus compétitif, où les universités publiques, les établissements à statut spécifique et les nouvelles institutions technologiques cherchent tous à affirmer leur singularité.
Derrière cette ascension, il y a une gouvernance. Le professeur Mostapha Bousmina, président de l’UEMF, a imposé un style où le chercheur n’a jamais tout à fait cédé la place au manager. Spécialiste reconnu des polymères, des nanomatériaux et des nanotechnologies, il appartient à cette catégorie d’universitaires qui savent que la réputation d’un établissement ne se décrète pas, mais se construit par les laboratoires, les recrutements, les partenariats, la qualité des formations, la rigueur administrative et l’attention portée aux étudiants. Autour de lui, les conseillers, vice-présidents, doyens, directeurs d’écoles, enseignants-chercheurs, personnels administratifs et équipes techniques ont accompagné une progression qui relève moins d’une communication de circonstance que d’un travail patient d’alignement sur les standards internationaux.
L’UEMF a grandi par strates. Ses pôles d’ingénierie et d’architecture, de sciences humaines et sociales, de santé, de biomédical et de biotechnologie, avec leurs écoles, instituts et facultés, traduisent une ambition transversale. L’université ne veut pas seulement former des ingénieurs, des architectes, des médecins, des juristes, des managers, des spécialistes du numérique ou des chercheurs. Elle cherche à fabriquer des passerelles entre les disciplines, à exposer les étudiants à plusieurs langues, à plusieurs cultures académiques et à plusieurs horizons professionnels. Dans un monde où l’intelligence artificielle, la transition énergétique, la santé, l’urbanisme, la géopolitique et le droit des affaires se croisent de plus en plus, cette transversalité devient un avantage.
La qualité de l’infrastructure participe également à cette image. L’éco-campus de l’UEMF, ses espaces de travail, ses laboratoires, ses lieux de vie, ses équipements numériques, ses résidences et ses installations destinées aux activités culturelles et sportives ont contribué à installer un environnement où l’étudiant n’est pas seulement un usager de cours, mais un acteur d’un parcours. Dans les universités qui comptent, la vie estudiantine n’est pas un supplément d’âme. Elle est une dimension de la formation. Clubs, rencontres scientifiques, débats, compétitions, ateliers, activités artistiques et événements para-universitaires donnent au campus sa respiration quotidienne.
Cette distinction au RUR 2026 vient s’ajouter à une série de reconnaissances. En 2025, l’UEMF s’était déjà distinguée dans ScholarGPS, en arrivant au premier rang national pour l’excellence de la recherche et l’impact académique. La même année, la Chaire des Nations Unies pour l’Alliance des Civilisations de l’université a reçu le prix « Alliance University of the Year » aux Triple E Awards. L’établissement a aussi été classé premier au Maroc et parmi les 400 meilleures universités mondiales dans UI GreenMetric 2025, tandis que le Times Higher Education Impact Rankings 2025 l’a placée deuxième au Maroc et parmi les 600 meilleures universités mondiales pour sa contribution aux Objectifs de développement durable. À cela s’ajoute le classement Stanford-Elsevier 2025, dans lequel huit professeurs de l’UEMF figurent parmi les 2 % des chercheurs les plus influents au monde.
Sur le campus, ces résultats ne sont pas perçus comme de simples lignes dans un communiqué. Ils deviennent une fierté intime, parfois même un argument de vie. « Quand j’ai quitté Dakar pour venir étudier l’ingénierie digitale et l’intelligence artificielle à Fès, certains proches me demandaient pourquoi je ne partais pas en Europe. Aujourd’hui, je peux leur répondre que l’exigence internationale peut aussi se trouver ici, au Maroc », confie A.D., étudiant sénégalais. Il dit apprécier « la proximité avec les enseignants, les projets pratiques et le mélange des nationalités », qui donnent à sa formation une dimension qu’elle n’aurait pas toujours trouvée dans un cursus plus classique.
Pour G.M., étudiante gabonaise en architecture, design et urbanisme, le choix de Fès tenait d’abord à la curiosité. Il est devenu une conviction. « Étudier l’architecture dans une ville comme Fès est une chance. On apprend dans les salles, bien sûr, mais on apprend aussi en regardant la médina, les matériaux, les formes, les usages. L’université nous pousse à relier la technique, la culture et la responsabilité environnementale », explique-t-elle. Le classement, à ses yeux, « donne de la visibilité » à une expérience qu’elle juge déjà « très forte, humainement et intellectuellement ».
Chez les étudiants marocains, la satisfaction prend souvent une nuance supplémentaire. Elle touche à l’idée que l’excellence ne doit plus nécessairement être cherchée loin du pays. « Ce classement nous oblige à être à la hauteur », estime Y.A., étudiant à l’Euromed Polytechnic School. « On sait que le nom de l’université circule maintenant dans des milieux académiques internationaux. Cela nous donne confiance, mais cela nous met aussi face à nos responsabilités. » Il évoque des enseignants disponibles, des projets encadrés, une forte présence de l’innovation et une culture de l’effort qui, selon lui, marque les promotions.
O.T., étudiant malien en sciences politiques et relations internationales, insiste pour sa part sur l’ouverture du campus. « Nous venons de pays différents, avec des histoires différentes, et nous apprenons à discuter sans nous enfermer dans nos certitudes. C’est précieux. Une université de ce calibre ne doit pas seulement produire des diplômes. Elle doit former des personnes capables de comprendre le monde », dit-il. Pour lui, la présence de 52 nationalités n’est pas un chiffre décoratif. Elle se vit dans les couloirs, les travaux de groupe, les débats et les amitiés.
L’enjeu, désormais, sera de maintenir ce rang. Car un classement se conquiert plus facilement qu’il ne se conserve. La concurrence africaine et internationale se durcit. Les universités investissent dans la recherche, l’intelligence artificielle, l’attraction des talents, les publications, les doubles diplômes et les réseaux scientifiques. L’UEMF devra donc continuer à renforcer ses laboratoires, soutenir ses chercheurs, consolider ses formations, développer ses partenariats et préserver ce qui fait sa singularité : un modèle qui ne sépare pas l’excellence académique de l’ouverture interculturelle, ni la technologie de l’ancrage humain.
À Fès, l’Université Euromed donne ainsi au Maroc un signal qui dépasse le cercle universitaire. Elle montre qu’un établissement jeune, lorsqu’il s’appuie sur une vision claire, une gouvernance suivie, des équipes compétentes et des étudiants venus d’horizons multiples, peut entrer dans la conversation mondiale de l’enseignement supérieur. Le RUR 2026 ne clôt donc pas une histoire. Il en ouvre plutôt une nouvelle étape : celle où l’UEMF ne sera plus seulement attendue comme une promesse marocaine, mais observée comme une institution appelée à confirmer, année après année, la place qu’elle s’est elle-même rendue capable d’occuper.
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