Baccalauréat à Fès-Meknès : quand toute une région se mobilise pour ses candidats

Baccalauréat à Fès-Meknès : quand toute une région se mobilise pour ses candidats

Hicham TOUATI 

Dans la région Fès-Meknès, les épreuves régionales puis nationales du baccalauréat 2026 se sont déroulées sous le signe d’une organisation minutieuse, portée par une chaîne éducative fortement mobilisée. Des préparatifs pédagogiques engagés en amont, à travers le programme Bac en poche et les dispositifs de soutien intensif, jusqu’à la sécurisation des centres d’examen et l’accompagnement des candidats en situation de handicap, l’Académie régionale d’éducation et de formation a voulu faire de cette session un rendez-vous d’équité, de sérénité et de responsabilité partagée.

Les chiffres donnent la mesure de l’opération. Pour l’examen régional unifié de la première année du baccalauréat, qui s’est tenu les 1er et 2 juin 2026 dans de bonnes conditions, 71 739 candidates et candidats étaient concernés, dont 56 935 scolarisés et 14 804 candidats libres. Ces derniers étant appelés à passer à la fois les épreuves régionales et nationales, leur prise en compte impose de distinguer les effectifs par examen plutôt que de les additionner indistinctement. Quelques jours plus tard, les 4, 5 et 6 juin, l’examen national unifié du baccalauréat a concerné 70 149 candidates et candidats, dont 55 345 scolarisés et 14 804 candidats libres.

Derrière ces données, c’est une mécanique institutionnelle lourde qui s’est mise en mouvement. Les candidats de première année du baccalauréat, dont 53,48 % de filles, étaient répartis sur 16 filières et 210 centres d’examen. Pour l’examen national, les candidats scolarisés, dont 55,04 % de filles, relevaient de 23 filières et de 258 centres d’examen. Les candidats libres, dont 45,08 % de filles, étaient répartis sur 21 filières et 57 centres, parmi lesquels figuraient 282 détenues et détenus.

Mais l’enjeu ne se résumait pas à ouvrir des centres, répartir des salles ou convoquer des surveillants. Selon le Dr Fouad Rouadi, directeur de l’Académie régionale d’éducation et de formation de Fès-Meknès, la session 2026 s’est préparée bien avant l’entrée des candidats dans les salles. L’Académie avait lancé, au cours de l’année, le programme Bac en poche, conçu pour accompagner les élèves sur trois plans : psychologique, méthodologique et cognitif. Dans les établissements secondaires, les enseignantes et les enseignants se sont engagés dans des séances de soutien en soirée, durant les week-ends et pendant les périodes de vacances. L’objectif était moins de multiplier les heures que de réinstaller la confiance, de consolider les acquis et d’aider les élèves à aborder les épreuves avec méthode.

À ce dispositif se sont ajoutées des initiatives de proximité, notamment dans les internats et les espaces d’accueil des élèves, transformés en lieux de révision, d’encadrement et d’entraide. Ces internats créatifs, pensés comme des espaces de préparation renforcée, ont permis de prolonger l’effort pédagogique hors du temps scolaire ordinaire. Pour de nombreux élèves, notamment ceux issus du monde rural ou de milieux modestes, ces moments ont représenté bien davantage qu’un simple soutien scolaire : une présence, un cadre, une discipline de travail et parfois une manière de rompre l’isolement face à l’examen.

La mobilisation, elle, a dépassé le seul périmètre de l’Académie. Du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports jusqu’aux directions régionales et provinciales, en passant par les directeurs des centres d’examen, les observateurs, les surveillants, les cadres administratifs, les équipes techniques et les services de sécurité, l’examen a été traité comme une responsabilité collective. Près de 15 000 cadres pédagogiques et administratifs ont été mobilisés dans la région pour veiller au bon déroulement des opérations. Plus de 4 000 salles ont accueilli les candidats dans les différentes directions provinciales, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Cette mobilisation a également trouvé un écho dans le champ médiatique. La presse nationale et régionale a accompagné les différentes étapes de cette séquence éducative majeure, en rendant compte du déroulement des épreuves et de l’organisation mise en place dans les centres d’examen. La presse scolaire, de son côté, a joué un rôle de proximité singulier : depuis l’arrivée des candidats aux portes des établissements jusqu’à leur sortie des salles, elle a restitué les moments forts de ces journées, recueillant avec fidélité les impressions des élèves, les déclarations des directeurs de centres et les témoignages des parents. Le directeur de l’Académie régionale d’éducation et de formation de Fès-Meknès a, à cet égard, tenu à saluer l’engagement du corps médiatique, national, régional et scolaire, ainsi que son dévouement à accompagner avec responsabilité et professionnalisme ce rendez-vous éducatif majeur. À travers ces reportages de terrain, c’est une autre dimension de l’examen qui a été donnée à voir : celle d’un rendez-vous national vécu au plus près des familles, des équipes éducatives et des candidats eux-mêmes.

Cette organisation s’est également appuyée sur un principe central, plusieurs fois rappelé par l’Académie : l’égalité des chances. Celle-ci ne se décrète pas le jour de l’examen ; elle se construit dans l’anticipation, dans la préparation des centres, dans la vigilance contre la fraude, dans la clarté des procédures et dans la capacité à offrir à chaque candidat les conditions les plus adaptées. Les services de sécurité ont ainsi été associés à la sécurisation des différentes étapes, depuis les centres d’examen jusqu’aux opérations sensibles liées au déroulement des épreuves, afin de garantir un climat serein et protecteur.

Une attention particulière a été accordée aux candidates et candidats en situation de handicap. L’Académie a indiqué avoir pris les dispositions nécessaires pour permettre à 450 élèves concernés de passer les épreuves dans des conditions adaptées. L’aménagement a porté notamment sur l’adaptation des sujets, la prolongation de la durée des épreuves et la mise à disposition de salles spécifiques, en fonction de la nature du handicap. Dans un examen national où chaque minute, chaque consigne et chaque condition matérielle peuvent peser sur le résultat, ces mesures constituent un élément essentiel de justice scolaire.

Aux abords des centres, les familles ont souvent mesuré cette organisation à travers des détails concrets : l’accueil, la clarté des consignes, la fluidité de l’entrée des élèves, la présence des responsables et la communication avec les parents. « J’avais peur que ma fille soit stressée, mais l’accueil nous a rassurées. On a senti que les choses étaient bien préparées », confie une mère rencontrée à la sortie d’un centre d’examen. Une autre souligne la portée du soutien organisé avant les épreuves : « Les séances de préparation ont beaucoup aidé mon fils. Il n’est pas arrivé devant sa copie avec le sentiment d’être seul. » Une troisième retient surtout la dimension humaine de l’organisation : « Les responsables du centre ont parlé aux parents avec calme. Cela compte énormément dans un moment pareil. »

Du côté des candidats, le même soulagement revient. « Les sujets demandaient de la concentration, mais nous avions été préparés à gérer le temps et la méthode », estime un candidat de deuxième année du baccalauréat. Une candidate de première année évoque, elle, les séances de soutien comme un repère décisif : « Les cours de préparation nous ont permis de revoir l’essentiel et de poser des questions que nous n’osions pas toujours poser en classe. » Un candidat libre insiste sur le climat dans les centres : « Ce qui m’a marqué, c’est l’organisation. On savait où aller, les consignes étaient claires et l’ambiance était sérieuse. »

Ces paroles, parce qu’elles disent l’examen depuis le terrain, rappellent que le baccalauréat n’est pas seulement une opération administrative. Il est un moment de tension familiale, de projection sociale et d’espérance individuelle. Chaque année, il engage l’école, mais aussi les parents, les enseignants, les autorités éducatives, les services de sécurité, les collectivités locales et les médias qui en restituent les instants décisifs. Dans la région Fès-Meknès, l’AREF a cherché à inscrire cette session dans une logique de préparation globale : soutenir avant, organiser pendant, sécuriser sans intimider, accompagner sans exclure.

Reste, désormais, l’attente des résultats. Pour les candidats, elle prolonge l’examen dans les maisons, les conversations familiales et les silences de fin de journée. Pour l’institution éducative, elle ouvre déjà une autre séquence : celle de l’évaluation des dispositifs mis en place, de leur amélioration et de leur éventuelle généralisation. Si le baccalauréat demeure un rite national, il est aussi un révélateur de la capacité de l’école à se mobiliser autour de ses élèves. À Fès-Meknès, cette session 2026 aura au moins montré qu’un examen se réussit avant même la première copie rendue : dans la préparation patiente, dans la coordination des acteurs et dans cette conviction, fragile mais nécessaire, que l’égalité des chances commence par la qualité des conditions offertes à chacun.

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