Dessaler pour irriguer : à l’UEMF, les scientifiques examinent les conditions d’une solution durable

Dessaler pour irriguer : à l’UEMF, les scientifiques examinent les conditions d’une solution durable

Hicham TOUATI 

Comment préserver l’avenir des agricultures méditerranéennes lorsque l’eau se raréfie ? Réunis les 21 et 22 octobre 2026 à l’Université Euromed de Fès (UEMF), des scientifiques et des académiciens ont examiné les possibilités du dessalement et les conditions de son utilisation durable en agriculture. Organisé conjointement par l’UEMF, l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques et le Groupe interacadémique pour le développement (GID), le séminaire a également mis en lumière une ambition : développer au Maroc les compétences et les technologies nécessaires pour mieux maîtriser cette ressource.

Consacrée à la « Résilience des agricultures méditerranéennes face au stress hydrique : dessalement et innovations technologiques », la rencontre a rapproché les questions de l’eau, de l’énergie et de la production agricole. Leur interdépendance impose de considérer ensemble la disponibilité de la ressource, son coût et les effets de sa production sur l’environnement. Pour les exploitations, l’intérêt du dessalement dépend aussi des conditions dans lesquelles cette eau peut parvenir jusqu’aux cultures.

Dans sa déclaration à la presse, Mostapha Bousmina, président de l’UEMF et chancelier de l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, a inscrit cette réflexion dans les priorités nationales évoquées par le discours royal d’ouverture du Parlement. Il a notamment insisté sur la souveraineté alimentaire et sur la nécessité d’examiner les choix énergétiques qui accompagnent le développement des ressources en eau.

Son propos portait une volonté de renforcer la maîtrise technologique nationale. Alors que le Maroc utilise des équipements et des procédés importés, le président de l’UEMF souhaite mobiliser les chercheurs pour concevoir davantage de solutions sur place. Il a ainsi défendu des « technologies faites au Maroc par les Marocains ». La réunion devait permettre d’en explorer les possibilités et de « lancer des prototypes au sein de l’université ». L’objectif annoncé donne aux échanges scientifiques une perspective expérimentale, dont les réalisations restent à construire.

Cette ambition s’appuie sur une coopération qui dépasse les frontières nationales. Jacques Brulhet, président honoraire de l’Académie d’agriculture de France et vice-président du GID, a rappelé que ce groupe rassemble une douzaine d’académies de France, d’Italie, de Méditerranée et d’Afrique, dont l’Académie Hassan II. Leur présence à Fès répondait à une préoccupation commune, qu’il a résumée en quelques mots : « comment lutter contre la sécheresse ».

« Le Maroc est pionnier en matière de dessalement d’eau de mer », a estimé Jacques Brulhet. Pour lui, le séminaire offrait l’occasion de confronter les connaissances des experts sur cette ressource et son utilisation agricole. Cette mise en commun permet d’examiner les expériences méditerranéennes et les conditions de leur adaptation à des territoires aux besoins différents.

Le programme donnait corps à cette ouverture. Il associait notamment des compétences de l’UEMF, du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM), de l’Université polytechnique de Carthagène, de l’Accademia dei Lincei et des académies françaises d’agriculture et des technologies. Les contributions annoncées croisaient les approches agronomiques, énergétiques, environnementales et économiques. La qualité de cette rencontre tenait à la complémentarité des expertises mobilisées autour d’un problème concret.

L’affluence a également retenu l’attention de Thierry Chambolle, membre de l’Académie des technologies en France. « L’amphi est rempli », a-t-il observé devant la presse, y voyant un signe de l’intérêt suscité par le sujet. Sa propre contribution concernait les saumures, ces rejets fortement concentrés en sels issus du dessalement, dont la gestion constitue une dimension essentielle des projets.

Comment les valoriser ou les éliminer « sans faire de dommages à l’environnement » ? La question posée par Thierry Chambolle rappelle que la production d’une nouvelle ressource ne peut être dissociée du devenir de ses rejets. Les possibilités offertes à l’agriculture doivent être appréciées avec les besoins énergétiques des installations et les précautions nécessaires à la protection des milieux marins.

Pour illustrer les atouts énergétiques du Royaume, l’académicien a évoqué une anecdote attribuée à Thomas Edison, qui aurait exprimé dès 1931 sa confiance dans l’énergie solaire. Il y voit un écho aux possibilités offertes aujourd’hui par l’ensoleillement du Maroc et ses façades maritimes. Cette évocation rejoignait la réflexion engagée sur les énergies durables susceptibles d’accompagner le dessalement et ses usages agricoles.

La seconde journée élargissait le champ aux pratiques culturales et à l’adaptation des exploitations. Le programme prévoyait notamment une contribution de l’UEMF sur l’intelligence artificielle appliquée au suivi du stress hydrique des oliviers, dans une perspective d’irrigation de précision. D’autres communications devaient aborder l’adaptation des végétaux aux contraintes environnementales et le financement de l’agriculture méditerranéenne face au changement climatique. Produire davantage d’eau et mieux utiliser celle qui est disponible apparaissaient ainsi comme deux exigences complémentaires.

En réunissant ces expertises pendant deux jours, l’UEMF a donné un cadre à la confrontation des connaissances et des expériences. La volonté d’y développer des prototypes ouvre une suite possible à ces échanges. Reste à rapprocher l’expérimentation des besoins des exploitations : une eau fiable, un coût supportable et des procédés dont les effets sur l’environnement sont maîtrisés.

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