Temps aménagé : Mohammed Bouzlafa défend un dispositif qui ne remet pas en cause la gratuité

Temps aménagé : Mohammed Bouzlafa défend un dispositif qui ne remet pas en cause la gratuité

Hicham TOUATI 

Au cœur de la controverse sur les droits d’inscription en temps aménagé, Mohammed Bouzlafa défend une lecture fondée sur la conciliation entre activité professionnelle et reprise des études. Pour le doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, le nouveau dispositif ne remet pas en cause la gratuité de la formation universitaire ordinaire.

Alors que les droits d’inscription appliqués aux formations universitaires en temps aménagé continuent de susciter interrogations et prises de position, Mohammed Bouzlafa, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, apporte sa lecture d’un dispositif qu’il présente non comme un recul de la gratuité, mais comme une réponse à une difficulté ancienne : permettre aux fonctionnaires, salariés et autres professionnels de reprendre des études universitaires sans se soustraire à leurs obligations professionnelles.

Au centre de son argumentation figure une distinction qu’il considère essentielle. La gratuité demeure, souligne-t-il, garantie aux étudiants qui suivent leur formation initiale dans le cadre du régime ordinaire de l’université publique. Les droits appliqués au temps aménagé concernent une autre catégorie de public : celle des personnes déjà engagées dans la vie professionnelle et qui souhaitent reprendre ou poursuivre un cursus parallèlement à leur activité.

C’est précisément cette contrainte qui, selon le doyen, justifie la mise en place d’une organisation universitaire adaptée. Un salarié ou un fonctionnaire étant tenu d’assurer ses obligations professionnelles pendant ses heures de travail, la reprise d’études suppose que les enseignements soient dispensés selon des horaires compatibles avec son activité. Le temps aménagé constituerait ainsi, dans cette lecture, moins une nouvelle catégorie de formation qu’une modalité particulière d’organisation des études universitaires.

Mohammed Bouzlafa replace cette évolution dans la situation qui prévalait avant la loi n° 59.24 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique. Le professionnel souhaitant retrouver les bancs de l’université était, explique-t-il, souvent confronté à une alternative peu satisfaisante : suivre une formation dans le régime ordinaire, avec les difficultés que cela pouvait entraîner dans l’exercice de son activité professionnelle, ou s’orienter vers la formation continue, mieux adaptée à ses disponibilités, mais pouvant déboucher sur un diplôme propre à l’université dont la portée n’était pas celle d’un diplôme national.

C’est sur ce terrain que le doyen situe l’un des principaux apports du temps aménagé. Selon son analyse, le changement ne réside pas seulement dans l’existence de droits d’inscription, mais dans la nature de la formation à laquelle ils donnent accès. Le professionnel peut désormais, sous réserve de satisfaire aux conditions requises, suivre une formation fondamentale organisée selon des horaires compatibles avec son activité et conduisant à un diplôme national.

Cette lecture conduit également Mohammed Bouzlafa à récuser l’idée selon laquelle les sommes acquittées constitueraient le prix du diplôme. Il les rattache plutôt au coût d’une organisation universitaire spécifique en dehors des horaires habituels, nécessitant la mobilisation d’enseignants, de personnels administratifs, de salles, de laboratoires ainsi que l’organisation des examens. Les droits acquittés correspondraient ainsi, dans son analyse, aux exigences particulières de cette organisation et non à l’achat d’un diplôme.

La distinction est importante, mais elle ne suffit pas à clore le débat. Dès lors que des droits d’inscription sont introduits dans une université publique, plusieurs questions demeurent légitimes : leur montant, leurs modalités de fixation, la capacité contributive des salariés et fonctionnaires concernés, mais aussi l’égalité réelle d’accès à ces formations. La frontière entre gratuité du service public universitaire et financement d’une organisation spécifique mérite également d’être explicitée avec précision afin que les différences d’interprétation ne nourrissent davantage la controverse.

Pour Mohammed Bouzlafa, la réflexion doit toutefois être replacée dans une perspective plus large : celle de la formation tout au long de la vie. Le retour à l’université après plusieurs années d’activité professionnelle ne relève plus, selon lui, d’un simple choix de confort. L’évolution rapide des métiers, des compétences et des connaissances rend de plus en plus nécessaire la possibilité de reprendre des études sans devoir interrompre sa carrière.

La présence de professionnels dans les amphithéâtres pourrait, par ailleurs, contribuer à rapprocher davantage l’université du monde du travail. Leur expérience de terrain est susceptible d’introduire dans les enseignements et la recherche des problématiques directement issues de l’administration, de l’entreprise et des transformations du marché de l’emploi. La reprise d’études ne constituerait alors plus seulement un bénéfice individuel, mais pourrait également favoriser une circulation plus étroite des savoirs entre l’université et les milieux professionnels.

En défendant le temps aménagé comme un instrument d’équité plutôt que comme une entorse à la gratuité, Mohammed Bouzlafa déplace ainsi les termes de la discussion. La question ne porte plus seulement sur l’existence de droits d’inscription, mais aussi sur ce qu’ils financent, sur les garanties académiques attachées à la formation et sur les conditions permettant aux professionnels d’accéder effectivement à cette voie universitaire. C’est sur ces éléments, autant que sur le principe même du paiement, que le débat est désormais appelé à se poursuivre.

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