À Fès, l’UEMF et Paris 1 Panthéon-Sorbonne ouvrent leur campus international partagé
Hicham TOUATI
L’Université Euromed de Fès et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ont inauguré, jeudi 15 octobre 2026, leur Campus international partagé, au sein de l’éco-campus de l’UEMF. Premier du genre pour l’université parisienne, il donne une nouvelle ampleur à dix années de coopération. Formations en double diplomation, échanges d’enseignants et d’étudiants, recherche commune : les deux établissements entendent faire de Fès un lieu de rencontre universitaire entre l’Europe et l’Afrique.
Pour les étudiants marocains et africains, cette coopération offre une possibilité concrète : préparer, dans les cursus concernés, un double diplôme français et marocain sans devoir s’installer à Paris. Mostapha Bousmina, président de l’UEMF, souligne l’économie que peut représenter l’absence de dépenses de logement et de vie quotidienne dans la capitale française. Les enseignements mobilisent des professeurs de Paris 1, d’autres établissements européens et de l’UEMF. Cette proximité géographique peut faciliter certains projets d’études, selon les conditions d’admission, les frais de scolarité et les aides disponibles.
La qualité des formations constitue l’engagement central des deux responsables. Christine Neau-Leduc, présidente de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, insiste sur les mêmes exigences académiques à Paris et à Fès. « C’est le point de couronnement d’une coopération de dix ans », déclare-t-elle. Son homologue évoque « une page que nous ouvrons », pour les générations actuelles et futures. Avec ce campus, les étudiants disposent aussi d’un lieu qui matérialise leur appartenance aux deux communautés universitaires.
Le partenariat s’est construit par étapes. Engagé en 2016, il a d’abord donné naissance à une licence en science politique conduisant à une double diplomation. Un master en droit des affaires franco-marocain l’a enrichi en 2022, suivi d’un master consacré aux « Politiques méditerranéennes et africaines : circulations, migrations, transitions ». Le campus partagé doit consolider ces formations et accompagner d’autres projets, notamment en management, en histoire et dans les sciences juridiques et politiques.
La recherche occupe une place majeure dans cette nouvelle phase. Christine Neau-Leduc souhaite réunir des doctorants de Paris et du Maroc autour de travaux communs, particulièrement sur les interactions entre intelligence artificielle et sciences humaines et sociales. Mostapha Bousmina pose une question qui en résume l’enjeu : « Quelle place pour l’être humain dans cette nouvelle configuration ? » Derrière les avancées technologiques se dessinent des interrogations sur le travail, la responsabilité, le droit et la transmission des connaissances.
Les deux universités disposent ici de compétences complémentaires. L’UEMF peut mobiliser ses formations et ses travaux scientifiques et technologiques, tandis que Paris 1 apporte notamment ses disciplines humaines, juridiques et sociales. La coopération doctorale annoncée doit permettre de croiser ces approches. Son intérêt réside également dans la rencontre de chercheurs issus de contextes différents, capables d’examiner ensemble des transformations dont les effets traversent les frontières.
Pour Fès, les retombées pourraient dépasser les salles de cours. L’accueil d’enseignants et d’étudiants internationaux, les rencontres scientifiques et les projets communs peuvent enrichir la vie intellectuelle locale et susciter des collaborations avec les institutions et les acteurs économiques. Leur portée dépendra des échanges effectivement réalisés et de leur continuité. L’ouverture aux étudiants subsahariens, nord-africains et européens, évoquée par les deux présidents, donne toutefois à ce campus une vocation plus large que la seule coopération franco-marocaine.
Cette orientation rejoint le projet fondateur de l’UEMF. Créée en 2012, cette institution d’utilité publique à but non lucratif, placée sous la Haute Présidence d’Honneur de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s’est construite autour du rapprochement euro-méditerranéen et de l’ouverture sur l’Afrique subsaharienne. Dès juin 2012, son projet recevait le label de l’Union pour la Méditerranée, avec l’appui de ses 43 États membres.
Depuis, l’établissement a renforcé sa visibilité internationale. Selon ses publications institutionnelles, il occupe en 2026, pour la deuxième année consécutive, la première place marocaine dans le Round University Ranking. L’UEMF annonce également le premier rang national et une présence dans le top 350 mondial d’UI GreenMetric 2026. Ce dernier classement évalue la durabilité et l’engagement environnemental des universités : il distingue donc une autre dimension de leur activité. Le campus partagé vient, pour sa part, approfondir les liens académiques et scientifiques de l’établissement.
À Fès, cette inauguration résonne avec une histoire ancienne du savoir. La ville abrite Al Quaraouiyine, fondée en 859 et reconnue par Guinness World Records comme la plus ancienne institution d’enseignement supérieur existante et continuellement en activité. Issue d’une fondation religieuse devenue un foyer majeur de transmission des connaissances, elle rappelle la place de Fès dans les échanges intellectuels bien avant l’apparition des formes universitaires contemporaines.
Paris 1 Panthéon-Sorbonne apporte également un héritage dont il convient de distinguer les époques. La Sorbonne renvoie au collège fondé au XIIIe siècle par Robert de Sorbon, au sein de l’ancienne Université de Paris. Créée en 1971, Paris 1 en prolonge une part de l’histoire à travers un projet pluridisciplinaire associant notamment droit, économie, gestion, arts et sciences humaines et sociales. C’est cette université contemporaine qui engage aujourd’hui à Fès ses enseignants, ses formations et ses projets de recherche.
Après avoir salué les équipements pédagogiques et audiovisuels visités sur place, Christine Neau-Leduc a lancé aux étudiants : « Venez nous rejoindre à Fès, au Maroc. » L’invitation donne tout son sens à l’inauguration. Sa réussite se mesurera aux parcours d’études rendus possibles, aux mobilités développées et aux recherches menées ensemble. Dix années de coopération ont permis d’ouvrir ce campus ; les prochaines promotions lui donneront sa vie et, peut-être, des prolongements que ses fondateurs n’ont pas encore imaginés.






