Sécuriser le sport à l’ère numérique : Rabat au cœur d’une réflexion mondiale

Sécuriser le sport à l’ère numérique : Rabat au cœur d’une réflexion mondiale

Hicham TOUATI 

À l’heure où les grands événements sportifs concentrent autant d’espoirs populaires que de vulnérabilités nouvelles, Rabat s’est imposée, le temps d’un symposium international, comme un laboratoire de réflexion stratégique. Pendant plusieurs jours, responsables, experts et praticiens venus de différents horizons ont interrogé une question devenue centrale : comment garantir la sécurité des compétitions sportives majeures dans un monde profondément transformé par le numérique, sans sacrifier ni l’esprit du sport ni les libertés fondamentales ?

C’est dans ce contexte exigeant que se sont achevés, le vendredi 9 janvier 2026 à Rabat, les travaux du Symposium scientifique international consacré à la sécurité des grands événements sportifs à l’ère de la transformation numérique. Organisé par le ministère de la Justice, en partenariat avec l’Université Naif arabe des sciences de sécurité, la Direction générale de la sûreté nationale, le Commandement supérieur de la Gendarmerie royale et la Fédération royale marocaine de football, l’événement a bénéficié de l’appui d’organisations internationales de premier plan, dont le Bureau des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme et l’Organisation internationale pour les migrations.

La tenue de ce symposium ne devait rien au hasard. Elle s’inscrivait dans un moment charnière pour le Royaume, engagé dans l’accueil imminent de la Coupe d’Afrique des nations 2025 et dans la préparation, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, de la Coupe du monde de football 2030. Ce double rendez-vous a conféré aux échanges une portée stratégique singulière, faisant de la réflexion scientifique un prolongement naturel de la planification opérationnelle et institutionnelle.

Plus de 300 participants, représentant quinze pays, ont pris part aux travaux. Parmi eux figuraient de hauts responsables et des experts issus d’institutions et d’organisations internationales majeures : la FIFA, l’UEFA, la CAF, INTERPOL, EUROPOL, le Conseil de l’Europe, l’Union africaine, ainsi que des spécialistes ayant contribué à des expériences de référence telles que le Mondial Qatar 2022 ou les Jeux olympiques de Paris 2024. Cette diversité de profils a nourri des échanges denses, où se sont croisés regards juridiques, sécuritaires, technologiques et organisationnels.

Structurées autour de sept sessions scientifiques, les discussions ont mis en lumière l’évolution profonde des enjeux sécuritaires liés au sport. Loin de se limiter à la protection physique des sites et des spectateurs, la sécurité des manifestations sportives englobe désormais la gestion anticipative des foules, la prévention de l’extrémisme violent et de la criminalité organisée, la lutte contre la désinformation, ainsi que l’usage raisonné de l’intelligence artificielle et des technologies de cybersécurité. Les intervenants ont également souligné l’importance d’un cadre juridique adapté, capable d’accompagner ces mutations sans créer de zones d’ombre en matière de droits et de libertés.

Les expériences internationales présentées ont servi de points d’appui concrets à cette réflexion collective. L’exemple du Mondial 2022 au Qatar, la Convention de Saint-Denis du Conseil de l’Europe sur la sûreté et la sécurité lors des manifestations sportives, ou encore le modèle britannique de gestion de la sécurité des stades ont permis d’illustrer la nécessité d’approches intégrées, combinant anticipation, coordination et responsabilité partagée.

Au terme des travaux, un ensemble de recommandations structurantes a été formulé. Elles plaident pour une gouvernance sécuritaire intégrée, couvrant l’ensemble du cycle de l’événement, pour l’actualisation des cadres juridiques face aux menaces numériques émergentes, et pour l’intégration systématique des technologies intelligentes, appuyées par des dispositifs de veille cybernétique. Les participants ont également insisté sur le renforcement de la coopération internationale, l’échange d’informations sensibles et la capitalisation des bonnes pratiques, tout en alertant sur les risques de criminalité transfrontalière et de blanchiment de capitaux via le secteur sportif.

Une attention particulière a été accordée à la gouvernance des supporters, considérés non plus comme un simple facteur de risque, mais comme des acteurs à part entière de la sécurité et de la réussite des événements. Sensibilisation, encadrement, structuration des associations de supporters et promotion d’un supportérisme responsable ont été identifiés comme des leviers essentiels pour prévenir les violences et préserver l’esprit festif du sport. Enfin, le symposium a souligné l’importance stratégique de la formation spécialisée et de la recherche scientifique, appelées à nourrir des politiques publiques fondées sur l’analyse et l’anticipation plutôt que sur la réaction.

Dans leur déclaration finale, les participants ont salué les efforts constants déployés par le Royaume du Maroc pour moderniser son système sportif et renforcer ses capacités d’accueil, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ils ont exprimé leur reconnaissance à l’ensemble des partenaires et experts ayant contribué à la réussite de ce rendez-vous scientifique, perçu comme une étape structurante dans la construction d’un modèle de sécurité sportive moderne, équilibré et ouvert.

Au-delà des recommandations et des diagnostics, ce symposium laisse en suspens une interrogation féconde : comment transformer cette intelligence collective en pratiques durables, capables de faire des grands événements sportifs non seulement des vitrines de performance et de fête, mais aussi des espaces de confiance partagée dans un monde numérique en perpétuelle mutation ?