À Fès-Meknès, l’AREF change de tempo et impose une nouvelle lecture de l’école publique

À Fès-Meknès, l’AREF change de tempo et impose une nouvelle lecture de l’école publique

Hicham TOUATI 

Devant le conseil d’administration de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation puis face aux journalistes, la direction de l’AREF Fès-Meknès a exposé, chiffres à l’appui, une dynamique éducative qui revendique à la fois des résultats tangibles et une parole ouverte sur ses limites.

Le rendez-vous n’avait rien d’un exercice de communication convenu. Mardi 16 décembre, à Fès, la présentation de la feuille de route éducative régionale par le directeur de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Fès-Meknès s’est inscrite dans un double temps rarement assumé avec autant de continuité : celui de l’évaluation institutionnelle, le matin, devant un conseil d’administration présidé par le ministre de l’Éducation nationale, puis celui de l’échange public, le soir, avec les médias régionaux et nationaux.

Au cœur de cette séquence, un choix clair : exposer les résultats, contextualiser les chiffres et accepter la discussion. Les documents présentés dessinent le portrait d’un système éducatif régional engagé dans un travail de redressement progressif, fondé sur des indicateurs mesurables plutôt que sur des déclarations d’intention.

Les données pédagogiques constituent l’ossature de cette trajectoire. La baisse du redoublement à l’ensemble des niveaux, l’amélioration régulière des performances scolaires et la progression marquée des résultats au baccalauréat, en hausse de plus de douze points, signalent une évolution significative des parcours des élèves. Ces avancées sont attribuées à la généralisation du soutien pédagogique, à la diversification des dispositifs d’accompagnement et à un recentrage assumé sur les apprentissages fondamentaux, dans un contexte où la maîtrise effective des acquis s’impose désormais comme un objectif prioritaire.

La lutte contre le décrochage scolaire occupe également une place centrale dans le bilan présenté. La réduction de près de 28 % du phénomène, correspondant au maintien de plus de 12 000 élèves dans le système éducatif, traduit une stratégie articulant prévention, suivi de proximité et dispositifs de réinsertion. Les programmes de la « deuxième chance », renforcés et structurés, apparaissent comme des leviers de réintégration plutôt que comme des solutions périphériques.

À cette dimension pédagogique s’ajoute un effort soutenu sur les conditions matérielles de scolarisation. La programmation de quarante-neuf nouveaux établissements à l’horizon 2026-2027, ainsi que la création de plus de quatre cents salles de classe supplémentaires, vise à réduire durablement l’encombrement scolaire, notamment dans les cycles collégial et qualifiant. Les projections montrent une baisse significative de l’encombrement sévère, traduisant une volonté de rompre avec une gestion sous tension devenue structurelle dans certaines zones de la région.

Le programme des établissements pionniers s’inscrit dans cette logique qualitative. Déployé à large échelle, il met l’accent sur la consolidation effective des apprentissages et sur l’accompagnement pédagogique des équipes éducatives. Les indicateurs de maîtrise des acquis, bien que perfectibles, traduisent une amélioration progressive du niveau réel des élèves, loin d’une simple logique de validation administrative.

Mais l’un des enseignements majeurs de cette journée tient moins aux tableaux chiffrés qu’à la posture institutionnelle adoptée. Lors de la conférence de presse, le directeur de l’Académie, entouré des responsables des neuf directions provinciales, a répondu sans détour aux questions des journalistes, prenant le temps de préciser, de nuancer et, parfois, de reconnaître les limites des dispositifs en place. Cette disponibilité, saluée par plusieurs professionnels des médias, a renforcé l’impression d’un dialogue assumé plutôt que d’une communication défensive.

L’appel explicite adressé aux journalistes à mettre en lumière également les dysfonctionnements, dans une logique d’amélioration et non de confrontation, a marqué un tournant dans la relation entre l’institution éducative régionale et son environnement médiatique. Il traduit une conviction rarement formulée aussi clairement : la réforme de l’école publique ne peut se construire durablement sans regard critique, sans interpellation et sans débat.

À Fès-Meknès, l’éducation ne se présente donc ni comme un chantier achevé ni comme un récit autosatisfait. Elle s’expose, chiffres à l’appui, consciente de ses avancées comme de ses fragilités. Dans un paysage éducatif souvent marqué par la défiance, cette mise à nu méthodique pourrait bien constituer, en elle-même, l’un des signaux les plus encourageants d’un changement en profondeur.