Découverte de « Spicomellus afer » : un dinosaure blindé marocain qui réécrit l’histoire de l’évolution
Hicham TOUATI
Au cœur du Moyen Atlas marocain, où les secrets du monde ancien se cachent entre les strates rocheuses, une découverte exceptionnelle vient ébranler les fondements de la paléontologie. Il s’appelle Spicomellus afer — le plus ancien dinosaure blindé jamais identifié sur Terre. Non seulement ce colosse arborait une carapace hérissée de pointes il y a quelque 165 millions d’années, mais il remet également en cause des conceptions établies et ouvre de nouvelles perspectives sur les mystères de l’évolution.
Cette créature étrange, décrite par une équipe de recherche maroco-britannique comme « le dinosaure le plus bizarre au monde », a livré ses secrets grâce à une étude rigoureuse publiée dans la prestigieuse revue Nature. Ce travail est le fruit d’un partenariat scientifique stratégique entre l’Université Sidi Mohamed Ben Abdallah de Fès, le Natural History Museum de Londres et l’Université de Birmingham.
Une équipe pluridisciplinaire, dirigée par la Professeure Susannah Maidment du Natural History Museum et de l’Université de Birmingham, et le Professeur Richard Butler de cette même université en tant que co-directeur du projet, a uni ses compétences à celles d’éminents chercheurs marocains : les Professeurs Driss Ouarhache, Khadija Boumir, Abdessalam Khanchoufi de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdallah, ainsi que les docteurs Kawtar Cheraty et Ahmed Oussou.
Leurs recherches révèlent une créature d’une singularité frappante : un collier osseux et épineux entourant son cou, orné de pointes atteignant près d’un mètre de long, ainsi que des plaques d’armure soudées à ses côtes — une caractéristique inédite chez tout vertébré, existant ou éteint. Au-delà de son apparence terrifiante, la portée scientifique de cette anatomie est profonde. La présence d’une queue armée et d’une ostentation défensive aussi élaborée chez une forme aussi primitive indique que les armes des ankylosaures sont apparues plus de 30 millions d’années plus tôt qu’on ne le pensait.
Cette avancée remet en question l’hypothèse traditionnelle selon laquelle les traits évolutifs progressent simplement du primitif au complexe. Spicomellus, bien que plus ancien, arbore une architecture anatomique d’une complexité remarquable, tandis que les espèces postérieures du Crétacé présentaient des blindages plus simples et purement défensifs. Les chercheurs avancent une explication fascinante à ce paradoxe : l’émergence de prédateurs plus redoutables et de nouvelles menaces aurait pu conduire ces dinosaures à abandonner leur « parure » sophistiquée au profit de formes plus utilitaires dédiées à la survie.
L’aspect le plus stupéfiant de cette créature réside peut-être dans cette caractéristique sans équivalent : des épines osseuses entièrement fusionnées à chaque côte, comme si l’animal portait son armure à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. Cette singularité fait de Spicomellus un être qui non seulement défie toute comparaison avec les autres dinosaures, mais aussi avec le règne animal tout entier, obligeant la communauté scientifique à reconsidérer plusieurs paradigmes de l’évolution.
Comme l’a souligné le Professeur Richard Butler : « Découvrir un blindage aussi sophistiqué chez un ankylosaure primitif transforme notre compréhension de l’évolution de ce groupe. Cela montre combien la faune africaine contribue à élargir notre connaissance. » La Professeure Susannah Maidment ajoute : « Il est particulièrement surprenant qu’il s’agisse du plus ancien ankylosaure connu. Nous nous attendions à ce que les espèces ultérieures héritent de traits similaires, mais cela ne s’est pas produit. »
Derrière cette réalisation scientifique majeure se trouve un partenariat modèle. Depuis 2018, l’équipe travaille dans le cadre d’un accord de coopération académique qui a transformé le travail de terrain en un programme annuel structuré. Les universités britanniques ont pris en charge la formation de jeunes chercheurs marocains et l’équipement d’un laboratoire dédié au sein de la Faculté des Sciences Dhar El Mahraz de Fès. Cette collaboration, portée par des chercheurs marocains et britanniques, ne se contente pas de découvrir le passé ; elle œuvre également à préserver son avenir, en planifiant la création d’un géoparc sous l’égide de l’UNESCO et d’un musée régional d’histoire naturelle pour protéger cet exceptionnel patrimoine paléontologique.
Comme le résume l’équipe : « Voir et étudier les fossiles de Spicomellus pour la première fois fut un moment extraordinaire. Nous peinions à croire à quel point il était bizarre… Cela démontre que nous avons encore beaucoup à apprendre sur les dinosaures. » De fait, ce dinosaure marocain nous rappelle que la Terre recèle encore d’innombrables secrets, et que la coopération scientifique internationale reste la clé pour les déchiffrer — écrivant ainsi un chapitre nouveau et brillant dans les annales de la paléontologie africaine et mondiale.