Quand l’USMBA de Fès fait dialoguer mémoire amazighe et unité territoriale

Quand l’USMBA de Fès fait dialoguer mémoire amazighe et unité territoriale

Hicham TOUATI 

À Fès, berceau de savoirs et de mémoires entremêlées, l’USMBA de Fès s’est faite espace de réflexion nationale. En célébrant la nouvelle année amazighe, enseignants, chercheurs et étudiants ont interrogé le rôle profond de l’amazighité dans la consolidation de l’unité territoriale du Maroc, entre héritage plurimillénaire et enjeux contemporains de souveraineté.

Dans l’enceinte de l’École normale supérieure de Fès, l’amphithéâtre a pris des allures de forum civique. À l’occasion de la tenue d’une rencontre nationale consacrée à « L’amazighité au cœur de l’unité territoriale », l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah a choisi de conjuguer rigueur académique et souffle symbolique. L’événement s’inscrivait dans un moment chargé de sens : la célébration de l’année amazighe 2976, mais aussi le cinquantième anniversaire de la Marche verte, pierre angulaire du récit national contemporain.

Dès l’ouverture, le président de l’université, le professeur Mustapha Ijjaali, a rappelé la portée particulière de ce rendez-vous, organisé, selon ses termes, « dans un contexte national exceptionnel, marqué par la commémoration de la Marche verte, épopée de l’unité et de la fidélité ». Il a souligné que la reconnaissance officielle de Yennayer comme jour férié national, décidée en 2023, ainsi que l’adoption par les Nations unies de la résolution 2797 consacrant la souveraineté du Maroc sur son Sahara, conféraient à cette rencontre une densité politique et symbolique singulière. Loin de toute approche folklorique, l’amazighité a été évoquée comme l’expression d’« un Maroc riche de sa diversité culturelle dans le cadre indépassable de son unité nationale ».

Le président de l’USMBA a insisté sur le rôle de l’université comme acteur engagé dans les grandes causes du pays. Par ses travaux de recherche, ses colloques et ses projets de terrain, a-t-il rappelé, l’institution contribue à documenter l’histoire, la culture et le développement des provinces du Sud, inscrivant l’amazighité dans une continuité territoriale et historique qui traverse l’ensemble du royaume. Une manière d’affirmer que le savoir académique ne saurait être dissocié des responsabilités civiques.

Dans un registre plus sensible et pédagogique, le directeur de l’École normale supérieure, le professeur Ali Ahitouf, a ouvert son intervention par une salutation amazighe chaleureuse :« Azul fellawn », aussitôt reprise par l’auditoire. Pour lui, célébrer Yennayer revient à raviver « une mémoire collective partagée », constitutive de l’identité marocaine. L’amazighité, a-t-il affirmé, n’est pas un héritage figé, mais « un lien vivant entre l’homme et la terre, entre le passé et le présent, dans un pays réconcilié avec sa pluralité ». Il a également souligné la portée éducative de la rencontre, destinée à former des enseignants conscients de la richesse et de la complexité de l’identité nationale.

Cette dimension incarnée s’est manifestée avec éclat dans la participation des étudiants. Nombre d’entre eux, vêtus de tenues traditionnelles amazighes, ont pris part à l’accueil, à l’animation et aux présentations, alternant naturellement entre l’arabe et l’amazighe. « Porter cet habit aujourd’hui, ce n’est pas une mise en scène », confie (Y. A ), étudiant à l’ENS, originaire du Moyen Atlas. « C’est une manière de dire que notre identité est vivante, et qu’elle a toute sa place à l’université comme dans le projet national. »

À ses côtés, (F.B), étudiante, arbore fièrement des bijoux amazighs hérités de sa grand-mère. « L’amazighité n’est pas une identité en marge », explique-t-elle. « C’est une composante intime de ce que nous sommes. La voir reconnue, discutée et valorisée ici, dans un cadre universitaire, nous donne le sentiment d’être pleinement concernés par l’avenir du pays. »

Au-delà des discours, la rencontre a ainsi offert une image saisissante d’une jeunesse engagée, consciente que l’unité nationale ne se décrète pas, mais se construit par la reconnaissance et l’articulation harmonieuse de ses différentes composantes. Dans cette salle, l’amazighité n’était ni slogan ni objet d’étude distant : elle était langue parlée, vêtement porté, histoire racontée et projet partagé.

De Fès, ville aux strates multiples, cette rencontre a adressé un message sobre et ferme : la cohésion nationale se nourrit de la reconnaissance lucide de la diversité. À l’heure où le Maroc affirme ses choix stratégiques sur la scène internationale, l’université rappelle, par ce type d’initiatives, que la solidité d’un État repose aussi sur sa capacité à penser sereinement ses racines. Et à transmettre aux générations futures l’idée qu’une identité assumée est toujours un point d’appui pour construire l’avenir.