Maroc Tunisie à Fès : un match de gala entre enthousiasme populaire et couacs organisationnels

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Maroc Tunisie à Fès : un match de gala entre enthousiasme populaire et couacs organisationnels

Hicham TOUATI 

Jeudi soir, le Grand Stade de Fès a vibré sous les clameurs d’un public passionné à l’occasion du match amical opposant le Maroc à la Tunisie. Plus qu’une simple rencontre sportive, cet événement fut un révélateur de l’engouement populaire pour le football maghrébin, mais également un miroir tendu à l’organisation d’événements de cette envergure.

Accueillir deux grandes nations du football africain dans la capitale spirituelle du Royaume n’est pas anodin. Le choix de Fès, ville au patrimoine historique riche mais moins habituée aux affiches de ce calibre, traduit une volonté d’ouverture et de décentralisation du sport de haut niveau. À ce titre, l’organisation de cette rencontre dans le Grand Stade de Fès constitue un jalon important dans la démocratisation du football national à l’échelle territoriale.

L’engouement populaire fut immédiat. En trente minutes seulement, les billets se sont écoulés, provoquant une ruée virtuelle sur les plateformes de vente en ligne, suivie d’une vague de frustration. De nombreux supporters, privés de places, ont dû se résoudre à passer par le marché noir, où les tarifs se sont envolés, multipliés par trois voire quatre. Cette spéculation, que les autorités n’ont pu endiguer à temps, jette une ombre sur la promesse d’un accès populaire et équitable à l’événement.

En revanche, l’intervention des forces de l’ordre s’est révélée exemplaire. Les unités de la préfecture de police de Fès ont brillamment assuré la fluidité du trafic, un défi de taille dans une ville dont les infrastructures routières sont parfois mises à rude épreuve. Les bus transportant les deux sélections ont pu rejoindre le stade sans entrave, escortés avec rigueur et professionnalisme. À l’intérieur de l’enceinte, la sécurité était irréprochable, saluée unanimement par les supporters rencontrés. Aucun incident majeur n’a été à déplorer dans les tribunes ou aux abords du terrain, preuve d’un travail de fond minutieux et bien orchestré.

Pourtant, à l’entrée du stade, le tableau s’assombrit. La désorganisation fut flagrante. L’accès au site a viré au cauchemar pour des centaines de supporters, pourtant munis de billets valides. Refoulés sans explication claire, bloqués par des barrières humaines inexplicablement hermétiques, ils ont exprimé leur colère par des manifestations spontanées, criant à l’injustice et au mépris. La vérification des billets, mal pensée, mal exécutée, a été l’un des points noirs de la soirée.

Ces dysfonctionnements viennent rappeler que la réussite d’un événement sportif ne saurait reposer uniquement sur l’efficacité sécuritaire. Il est impératif de repenser la gestion des flux, l’accueil des spectateurs, la coordination entre les différentes parties prenantes, et surtout, de mettre l’accent sur la transparence dans la vente et le contrôle des billets.

Le match de Fès doit être vu comme une occasion d’apprentissage. Un miroir grossissant des forces et faiblesses de notre modèle d’organisation. Il faut saluer, à leur juste valeur, les performances remarquables des unités de sécurité, de circulation, et des forces de l’ordre. Leur professionnalisme, leur sang-froid et leur sens du devoir ont été vivement salués par les supporters, les joueurs et les observateurs.

Mais cette réussite partielle ne saurait masquer les insuffisances criantes d’autres intervenants. Il est grand temps que les décideurs tirent les leçons de cette soirée à double visage. À l’heure où le Maroc ambitionne d’être un acteur majeur sur la scène sportive mondiale, notamment en accueillant des compétitions internationales, il est impératif de bâtir une culture de l’organisation irréprochable, à la hauteur des attentes du public et des standards internationaux.

L’espoir est permis si les enseignements sont tirés avec lucidité. Le match de Fès ne doit pas être un coup d’éclat isolé, mais bien le point de départ d’une refonte des pratiques. Pour que demain, chaque supporter, qu’il vienne de Fès, de Casablanca ou de Kairouan, puisse vivre sa passion dans la dignité, la sécurité, et le respect de ses droits.