Adoption du projet de loi sur la grève : ZOUMI et ALLAKOUCH au cœur d’une polémique enflammée

Adoption du projet de loi sur la grève : ZOUMI et ALLAKOUCH au cœur d’une polémique enflammée

Hicham TOUATI

Dans une atmosphère de débats houleux, la Commission de l'enseignement et des affaires culturelles et sociales de la Chambre des conseillers a adopté, aux premières heures du samedi 1ᵉʳ février 2025, le projet de loi organique n° 97.15 encadrant l’exercice du droit de grève. Après une session marathon de quatorze heures, le texte a été approuvé à la majorité, avec dix voix pour et cinq contre, consacrant ainsi un tournant majeur dans l’organisation des relations de travail au Maroc.

Ce projet de loi, dont l’adoption était attendue depuis plusieurs années, vise à établir un cadre juridique clair pour l'exercice du droit de grève, reconnu par la Constitution marocaine. Il prévoit notamment des procédures spécifiques à suivre avant et pendant une cessation collective du travail, ainsi que des mesures de conciliation entre les intérêts des salariés et ceux des employeurs. Si certains considèrent cette réforme comme une avancée nécessaire pour garantir la stabilité économique et préserver les droits des travailleurs, d'autres y voient une tentative de restriction des libertés syndicales. Plusieurs centrales syndicales ont exprimé leurs inquiétudes quant aux potentielles entraves que ce texte pourrait imposer à l’action revendicative, dénonçant une législation trop rigide qui limiterait la capacité des travailleurs à défendre leurs intérêts face aux employeurs.

Au-delà de la controverse inhérente au texte de loi, un autre front s’est ouvert avec une campagne de diffamation visant des figures syndicales de premier plan. Parmi elles, l’ancienne militante et figure emblématique de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), Khadija ZOUMI, ainsi que le Secrétaire Général de la Fédération Autonome de l'Enseignement( FAE) , Youssef ALLAKOUCH, ont été injustement accusés d’avoir joué un rôle dans l’adoption du projet de loi au sein de la commission parlementaire. Pourtant, ni l’une ni l’autre ne fait partie de cette commission ni n’a pris part au vote. Ces accusations, largement relayées sur les réseaux sociaux et certains médias, ont suscité une vive indignation au sein des milieux syndicaux. 

Avec cette adoption en commission, le projet de loi franchit une étape cruciale avant son passage en plénière. Toutefois, les tensions qu’il suscite témoignent de la complexité de la question du droit de grève dans un contexte de mutations économiques et sociales profondes. Si ses défenseurs affirment qu’il instaurera un équilibre bénéfique entre les exigences de la compétitivité économique et la protection des travailleurs, ses détracteurs y voient une menace pour les acquis sociaux durement obtenus. La mise en œuvre de cette loi et ses éventuelles contestations devant les instances judiciaires ou constitutionnelles seront déterminantes pour évaluer son impact sur le paysage syndical et les libertés fondamentales au Maroc.