MMC Junior : quand Math&Maroc révèle une génération marocaine de jeunes mathématiciens

MMC Junior : quand Math&Maroc révèle une génération marocaine de jeunes mathématiciens

Hicham TOUATI 

Dans un pays où l’excellence scientifique demeure l’un des leviers les plus sûrs de mobilité, d’ambition et de souveraineté intellectuelle, près de 600 lycéens marocains se sont retrouvés, du 1er au 3 mai 2026, autour d’une même passion : les mathématiques. À Rabat, Benguerir et Martil, la première édition de la Math&Maroc Competition Junior a donné à voir bien plus qu’un concours scolaire : une immersion exigeante dans la rigueur, l’émulation et la confiance en l’avenir.

Organisée par Math&Maroc, cette compétition nationale destinée aux élèves du tronc commun, de la première et de la deuxième année du baccalauréat a rassemblé des jeunes issus des douze régions du Royaume. L’événement, accueilli simultanément sur trois campus d’excellence : l’UM6P Rabat, l’UM6P Benguerir et le Lycée Méditerranéen de Martil, a suscité un engouement remarquable : 1 800 candidatures ont été enregistrées à l’échelle nationale, avant la sélection des 600 participants retenus.

Dans un univers scolaire souvent dominé par l’évaluation classique, la MMC Junior a choisi une autre voie : celle du défi intellectuel, de la curiosité et de la construction collective. L’épreuve centrale, d’une durée de quatre heures, associait des questions inspirées du format AIME, référence américaine en matière de compétition mathématique, à des problèmes ouverts exigeant une rédaction structurée, une démarche claire et une pensée rigoureuse. Les élèves n’étaient donc pas seulement invités à trouver une réponse ; ils devaient apprendre à bâtir un raisonnement, à défendre une méthode, à habiter pleinement l’esprit mathématique.

Mais l’intérêt de cette première édition ne s’est pas limité à l’épreuve écrite. Pendant trois jours, les participants ont vécu une expérience scientifique et humaine complète, faite d’ateliers d’orientation académique, de workshops scientifiques et d’activités de cohésion. L’encadrement a été assuré par 82 membres de Math&Maroc, venus d’institutions marocaines et internationales de tout premier plan : École Polytechnique, MIT, CentraleSupélec, EPFL, UM6P, École Mohammadia d’Ingénieurs, Al Akhawayn University, entre autres. Parmi eux figuraient notamment 16 polytechniciens, 11 membres issus de l’UM6P, 8 centraliens, 5 représentants de l’EPFL et 2 du MIT.

Cette présence n’est pas anecdotique. Elle dit l’une des forces de Math&Maroc : faire revenir vers les lycéens marocains l’expérience de celles et ceux qui ont franchi les portes des grandes écoles et universités, au Maroc comme à l’étranger. L’association, fondée en 2016 par d’anciens olympiens et polytechniciens, s’est donné pour mission de structurer un écosystème autour des mathématiques, de l’orientation et de l’excellence scientifique. Avec plus de 200 membres actifs répartis sur quatre continents, elle agit comme un trait d’union entre les jeunes talents du Royaume et les horizons académiques les plus exigeants.

Les résultats de cette première édition ont consacré plusieurs lauréats sur les trois campus. À Rabat, le premier prix, doté de 10 000 dirhams, a été remporté par Aabkari Ismail. Le deuxième prix, de 6 000 dirhams, est revenu à Boutgayout Mehdi. Le troisième prix, doté de 4 000 dirhams, a été attribué ex æquo à Idrissi Mohamed Adam, Salama Yassir et Sosso Alaoui Mohamed Amine.

À Benguerir, Ben Said Ziad s’est distingué en remportant le premier prix de 10 000 dirhams. El Bakkar Rayan a obtenu le deuxième prix, d’une valeur de 6 000 dirhams, tandis que Bouhtouch Zakaria a décroché le troisième prix, doté de 4 000 dirhams.

À Martil, Lahlou Akram a remporté le premier prix de 10 000 dirhams. Ajbar Yahya s’est vu attribuer le deuxième prix, de 6 000 dirhams, et Chaqroun Haytam le troisième prix, doté de 4 000 dirhams. Au total, 68 000 dirhams de récompenses ont été remis aux lauréats, saluant non seulement la performance, mais aussi l’effort, la discipline et la capacité à se mesurer à des problèmes d’un niveau élevé.

L’autre enseignement majeur de cette compétition réside dans son accessibilité. Math&Maroc et ses partenaires ont pris en charge l’intégralité des frais de participation, d’hébergement, de restauration et de transport. Grâce au soutien de l’UM6P, du LYMED et du partenaire officiel Adria, la compétition a voulu lever les barrières financières et géographiques qui empêchent parfois les talents de se révéler. Dans cette démarche, l’excellence n’est plus réservée à ceux qui disposent déjà des moyens d’y accéder ; elle devient une promesse ouverte, à condition de savoir l’organiser, l’accompagner et la rendre visible.

La MMC Junior s’inscrit ainsi dans un travail plus large mené par Math&Maroc, déjà engagée dans plusieurs initiatives : compétitions telles que MTYM, MMC Junior et MMC University, événements grand public comme le Moroccan Day of Mathematics, camps d’été dédiés aux jeunes talents en mathématiques et en physique, ainsi que des actions d’orientation et de tutorat à distance. Ce maillage patient contribue à installer, au-delà des résultats ponctuels, une culture de l’effort scientifique et de l’ambition académique.

Dans un monde où les nations se distinguent de plus en plus par leur capacité à former des esprits capables de raisonner, d’innover et de résoudre des problèmes complexes, ce type de compétition revêt une portée particulière. Il ne s’agit pas seulement de récompenser les meilleurs élèves d’un week-end, mais de leur dire que leur talent compte, que leur travail mérite d’être accompagné et que les mathématiques peuvent devenir un chemin d’avenir.

À travers cette première édition de la MMC Junior, Math&Maroc réussit ainsi un pari essentiel : transformer une compétition en expérience fondatrice. Les noms des lauréats resteront associés à cette édition inaugurale, mais l’enjeu dépasse déjà les podiums. Dans les salles de Rabat, de Benguerir et de Martil, c’est peut-être une génération de chercheurs, d’ingénieurs, d’enseignants et d’innovateurs qui a commencé à prendre conscience de sa propre puissance. Et c’est là, sans doute, que commence la véritable victoire.