À Fès, le trajet vers l’université devient une épreuve : les étudiants réclament un transport digne avant les examens
Hicham TOUATI
À quelques jours des examens de la session d’automne, les étudiantes et étudiants des campus de Dhar El Mehraz et de Saïss tirent la sonnette d’alarme. Entre l’éloignement forcé des résidences universitaires, la rareté des bus, la suppression des lignes directes et le coût record de l’abonnement mensuel, le simple fait de rejoindre les amphithéâtres s’est transformé en combat quotidien. Une situation qui met à rude épreuve la dignité et la concentration de dizaines de milliers d’étudiants.
À Fès, la journée universitaire commence bien avant l’ouverture des amphithéâtres. Pour de nombreux étudiants des campus de Dhar El Mehraz et de Saïss, elle débute dans des files d’attente interminables, à l’arrêt d’un bus trop rare et trop plein, ou dans l’angoisse de rater un cours faute de transport. Depuis le transfert des étudiantes de la cité universitaire de Dhar El Mehraz vers Saïss, la distance entre le lieu de résidence et les facultés s’est allongée, transformant le trajet quotidien en parcours d’usure, tant physique que morale.
Les retards répétés ne relèvent ni du désintérêt ni du relâchement, mais d’une réalité implacable : un nombre insuffisant de bus, notamment sur la ligne 31, et un abonnement mensuel fixé à 90 dirhams pour une seule ligne, un tarif sans équivalent ailleurs au Maroc pour un service aussi limité. Pour des familles déjà fragilisées par le coût du logement et de l’alimentation, ce prix devient un fardeau supplémentaire, contraignant parfois les étudiants à des choix impossibles entre présence en cours et équilibre financier minimal.
À cette difficulté s’ajoute une blessure plus ancienne, encore vive dans la mémoire étudiante : la suppression des lignes directes qui reliaient autrefois les quartiers périphériques aux campus universitaires. Ces lignes, qui facilitaient la mobilité et préservaient la dignité des étudiants, avaient fait l’objet d’un engagement clair de rétablissement lors de l’accord du 13 janvier dernier. En signe de bonne foi, les étudiants avaient alors suspendu certaines formes de mobilisation, misant sur le dialogue et la parole donnée. Un an plus tard, l’attente s’est prolongée au-delà du raisonnable.
Aujourd’hui, les revendications sont précises, concrètes et profondément ancrées dans le vécu quotidien. Les étudiants demandent, d’une part, une baisse significative du coût de l’abonnement mensuel au transport urbain, et, d’autre part, le rétablissement de lignes directes adaptées à la géographie réelle de la population estudiantine. Depuis Dhar El Mehraz, ils réclament des liaisons vers Sidi Boujida, Zlilig, Ben Debbab, le quartier Al Massalla, la cité universitaire Saïss 1 et Oued Fès. Depuis Saïss, ils demandent des lignes directes vers Bensouda, Oulad Tayeb et Sefrou. Il ne s’agit pas de confort superflu, mais de solutions pragmatiques à un problème structurel.
Les étudiants tiennent également à rappeler qu’ils ont toujours été à l’avant-garde des appels à la modernisation du parc de bus de la ville. Leur combat pour un transport public digne ne concerne pas uniquement l’université, mais l’ensemble des habitants de Fès. Parce qu’ils sont parmi les usagers les plus nombreux, ils subissent de plein fouet les défaillances du système, mais se disent prêts à être des partenaires actifs de toute réforme sérieuse, à condition d’être écoutés et respectés.
L’urgence est d’autant plus grande qu’il ne reste qu’une semaine de cours avant le début des examens de la session d’automne, qui mobiliseront des dizaines de milliers d’étudiants. Dans ce contexte, l’instabilité des conditions de transport pèse lourdement sur la concentration, la sérénité et l’égalité des chances. Les étudiants ne réclament ni privilèges ni passe-droits, mais un droit fondamental : pouvoir accéder à leur lieu d’étude dans des conditions humaines et équitables.
Pourtant, malgré la gravité de la situation, certains signaux récents laissent entrevoir une possible évolution. Les mobilisations menées ces derniers jours et les discussions engagées ont suscité des échos jugés encourageants. L’arrivée à la tête de la région de Fès-Meknès du nouveau wali, le docteur Aït Taleb, nourrit l’espoir d’un traitement plus attentif et plus juste de ce dossier sensible. Beaucoup attendent de lui qu’il ne tolère pas l’exclusion des étudiants du droit à un transport respectueux de leur dignité et qu’il œuvre au rétablissement de lignes directes capables de soutenir, plutôt que d’entraver, l’effort académique.
Au fond, la question posée dépasse le seul cadre du transport urbain. Elle interroge la place accordée à l’étudiant dans la cité et la cohérence des politiques publiques à l’égard de l’université. Car il n’y a pas d’enseignement supérieur de qualité sans conditions matérielles minimales, et il n’y a pas de réussite académique lorsque le chemin vers le savoir devient, jour après jour, une épreuve d’endurance.