Fès : Lancement d'un projet ambitieux pour renforcer les capacités des futurs praticiens de la justice juvénile

Fès : Lancement d'un projet ambitieux pour renforcer les capacités des futurs praticiens de la justice juvénile

Hicham TOUATI 

La Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales relevant de l'Université Sidi Mohammed Ben Abdallah de Fès, en partenariat avec l'Association Relais-Prison-Société, a donné ce mardi 27 mai 2025 le coup d'envoi d'un projet novateur visant à renforcer les compétences des étudiants-chercheurs en matière de justice des mineurs. Une initiative saluée pour sa pertinence, alors que le Maroc poursuit des réformes profondes de sa politique pénale en faveur des enfants en conflit avec la loi.

Dans son allocution d'ouverture, le Pr Mohammed BOUZLAFA, doyen de la FSJES Fès, a tenu à souligner le caractère stratégique de ce partenariat. "Cette collaboration entre notre institution universitaire et la société civile s'inscrit dans une vision globale de décloisonnement des savoirs et de fertilisation croisée entre théorie et pratique", a-t-il déclaré. Le doyen a particulièrement insisté sur l'importance de "former des juristes ancrés dans les réalités sociales, particulièrement dans le domaine sensible de la justice juvénile où l'approche purement normative montre ses limites".

M. BOUZLAFA n'a pas manqué de rendre un hommage appuyé à M. Hicham MELLATI, directeur des Affaires pénales et des Grâces au ministère de la Justice, pour avoir fait le déplacement malgré un agenda chargé. "La présence régulière de M. MELLATI dans nos enceintes universitaires, que ce soit pour des leçons inaugurales ou des participations à des jurys de thèse, témoigne d'un engagement rare en faveur du rapprochement entre l'administration et le monde académique", a-t-il souligné. Le doyen a également salué le choix de l'USMBA par l'Association Relais-Prison-Société pour porter ce projet, y voyant "une reconnaissance de l'expertise développée par notre faculté en matière de justice transitionnelle et de droits de l'enfant".

C'est dans ce cadre que M. MELLATI a prononcé une leçon inaugurale sur "Les nouveautés de la politique pénale en matière de justice juvénile", devant un parterre d'universitaires, de praticiens et d'étudiants. Un discours d'autant plus symbolique qu'il intervient à un moment charnière, comme l'a rappelé le doyen BOUZLAFA, quelques jours après l'adoption du nouveau projet de code de procédure pénale. "Nous vivons un moment historique dans la réforme de notre système judiciaire, et la jeunesse universitaire doit en être le fer de lance", a insisté le doyen, appelant les étudiants à s'approprier ces réformes pour en devenir les ambassadeurs.

Le doyen a par ailleurs mis en lumière le rôle central dévolu au Pr Hassan RAHIYA dans ce projet. "Son parcours atypique, alliant une longue expérience de terrain dans l'administration pénitentiaire à une carrière académique brillante, fait de lui le trait d'union idéal entre les mondes universitaire et professionnel", a-t-il expliqué. 

Dans son intervention, M. MELLATI a rappelé l'importance cruciale de la justice des mineurs, "puisqu'elle concerne les bourgeons de l'avenir". "Aucune société ne peut prospérer sans sa jeunesse", a-t-il insisté, soulignant les défis persistants du Maroc en matière de délinquance juvénile. Les chiffres, interpellateurs selon lui, montrent une augmentation des poursuites et des placements en centres de rééducation, appelant à une approche intégrée mêlant répression, éducation et réinsertion.

Porté par une dynamique partenariale entre l'université et la société civile, ce projet de renforcement des capacités entend combler un déficit de formation pratique chez les futurs avocats et acteurs de la justice juvénile. "Le juriste doit maîtriser les garanties légales, souvent méconnues des justiciables", a expliqué Mme Fatna El BOUIH, présidente de l'Association Relais-Prison-Société, association pionnière dans la défense des droits des détenus.

M. MELLATI a conclu sur une note philosophique, rappelant que "la fabrique des politiques publiques ne peut se passer de la recherche scientifique". "L'université, espace de débat désintéressé, doit rester le laboratoire des réformes", a-t-il affirmé, saluant l'affluence quantitative et qualitative à cette leçon, preuve d'un intérêt collectif pour une justice plus humaine. Dans un Maroc où la question des mineurs délinquants reste épineuse, ce projet illustre une volonté partagée : celle de former une génération de juristes capables de concilier rigueur légale et impératif social. Une ambition qui, pour aboutir, devra s'ancrer dans la durée.