Bouffa à Fès, la Faculté de droit, l’ONC et l’ORC font du savoir un levier de prévention

Bouffa à Fès, la Faculté de droit, l’ONC et l’ORC font du savoir un levier de prévention

Hicham TOUATI 

À l’occasion de la première édition du “Jeudi de la sensibilisation”, la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès a accueilli, jeudi 25 décembre, une rencontre scientifique d’envergure consacrée au phénomène du crack, communément appelé « Bouffa ». Porté par le partenariat entre l’Observatoire national de la criminalité et l’Observatoire régional de la criminalité de Fès, cet événement a placé la recherche pénale et l’analyse académique au cœur d’une démarche d’anticipation et de prévention.

Dans un amphithéâtre entièrement rempli, la rencontre a réuni étudiants, enseignants-chercheurs, juristes, avocats et représentants d’institutions publiques. Très vite, l’échange a pris la forme d’un moment de réflexion partagé, nourri par le sentiment d’urgence que suscite le crack ou « Bouffa » dans son appellation locale. Loin d’un rendez-vous académique formel, la discussion s’est imposée comme un temps d’écoute et d’alerte face aux conséquences sanitaires, sociales et sécuritaires de cette drogue émergente.

En ouverture, le doyen de la Faculté, Mohamed BOUZLAFA, a souligné la portée scientifique et sociétale de cette initiative, estimant qu’une problématique d’une telle ampleur « ne peut laisser l’université à distance ». Saluant la qualité de l’étude présentée par l’Observatoire national de la criminalité, il a insisté sur l’importance stratégique de l’accord de partenariat conclu avec l’Observatoire régional. Ce partenariat, a-t-il affirmé, jette les bases d’un cadre structurant pour la recherche criminologique et l’appui éclairé aux politiques publiques. Il a également exprimé la volonté de doter l’Observatoire régional d’une composition pluridisciplinaire ouverte sur les métiers du droit et les institutions partenaires, afin de renforcer la capacité de réflexion, de veille et d’accompagnement scientifique du terrain.

La directrice de l’Observatoire national de la criminalité, Sofana Benyahia, a rappelé que cette première édition de “Jeudi de la sensibilisation” s’inscrit dans une dynamique d’ouverture de l’institution publique sur l’univers académique. Le choix du thème, a-t-elle expliqué, découle d’une note analytique élaborée par l’Observatoire autour des risques liés aux drogues émergentes, dont le crack « Bouffa »  constitue l’une des manifestations les plus préoccupantes. Elle a souligné la richesse des échanges suscités par les enseignants et les jeunes chercheurs, précisant que le débat n’a pas été enfermé dans la seule logique punitive, mais s’est étendu aux enjeux de la prévention, du soin, de la réinsertion et des politiques publiques d’accompagnement. Tout en rappelant que les élèves et étudiants figurent parmi les catégories les plus exposées, elle a insisté sur leur rôle potentiel comme relais essentiels de sensibilisation au sein de la société.

Dans la même perspective, Mohamed Amine Najjar, cadre au sein de l’Observatoire national, est revenu sur les principaux enseignements de l’étude présentée. Il a évoqué les défis majeurs que pose la lutte contre ce type de substances, au croisement de la santé publique, du champ social et du droit pénal, soulignant le lien entre le crack et certaines formes de violence ou de comportements délinquants. Les recommandations issues de la rencontre, a-t-il indiqué, appellent à une modernisation de l’arsenal législatif, à une coordination renforcée entre institutions et à un développement accru des outils de veille et de détection précoce.

Du côté de l’Observatoire régional de la criminalité, sa directrice, Souhaila BOUZLAFA, a replacé cette initiative dans une vision stratégique de long terme. “Jeudi de la sensibilisation”, a-t-elle déclaré, se veut une étape fondatrice d’une dynamique scientifique continue, où la recherche n’observe pas seulement les phénomènes, mais contribue à les comprendre, les anticiper et à éclairer l’action publique. Elle a insisté sur la nécessité d’une approche globale face aux nouvelles formes de criminalité, rappelant que la prévention et la conscientisation constituent des leviers essentiels pour protéger la jeunesse et préserver la cohésion sociale.

La participation active des étudiants et doctorants a donné au débat une profondeur particulière. Leurs interventions, qui ont interrogé la responsabilité pénale, les mécanismes d’accompagnement social, les limites du cadre juridique ou encore la place des politiques préventives, ont traduit une véritable maturité intellectuelle. Plus qu’un exercice académique, ce fut un espace de questionnement critique, où comprendre précédait juger.

Ainsi, ce "Jeudi de la sensibilisation" a rappelé que la lutte contre les drogues émergentes ne saurait se réduire à la sanction : elle commence par la connaissance, le dialogue et la construction d'une culture partagée de prévention.

En scellant une alliance scientifique entre l'Observatoire national et l'Observatoire régional de la criminalité, l'université affirme sa place au cœur des enjeux sociétaux. Cette rencontre n'a pas seulement éclairé la compréhension du crack « Bouffa »  ; elle a ouvert la voie à une criminologie d'anticipation, plaçant la protection du citoyen et la valeur du savoir au centre de l'action publique.