À l'ENSA de Fès , les mathématiques font dialoguer l’intelligence artificielle et la science appliquée
Hicham TOUATI
Du 23 au 25 juin 2025, l’École Nationale des Sciences Appliquées de Fès (ENSAF) accueille la toute première édition de l’ICAIM – Conférence Internationale sur l’Intelligence Artificielle et les Mathématiques : De la Théorie à l’Application. Un événement scientifique d’envergure mondiale, qui place la ville de Fès au cœur des débats sur l’avenir des mathématiques appliquées à l’intelligence artificielle. Cette initiative ambitieuse, à l’intersection de la rigueur théorique et de l’innovation technologique, dessine les contours d’une coopération internationale prometteuse entre chercheurs, praticiens, institutions et étudiants engagés.

À Fès, berceau de savoirs séculaires, se joue en ce mois de juin 2025 un épisode décisif pour les sciences du XXIᵉ siècle. L’École Nationale des Sciences Appliquées (ENSAF) accueille du 23 au 25 juin la 1ʳᵉ Conférence Internationale sur l’Intelligence Artificielle et les Mathématiques : De la Théorie à l’Application (ICAIM 2025). Un événement de haute tenue scientifique, qui marque une étape fondatrice dans l’établissement d’un dialogue structuré et fécond entre mathématiciens, informaticiens, industriels et chercheurs en intelligence artificielle.
C’est peu dire que cette première édition suscite l’enthousiasme. Plus de 200 communications ont été soumises, et après une sélection rigoureuse, seuls 115 travaux ont été retenus — un taux d’acceptation sélectif de 57 %, gage de l’exigence académique du comité scientifique. Mais au-delà des chiffres, c’est la pertinence de la thématique qui attire l’attention. Loin des dichotomies obsolètes entre théorie et application, l’ICAIM 2025 ambitionne de bâtir des passerelles durables entre ces deux univers, en montrant combien les fondements mathématiques sont non seulement encore d’actualité, mais absolument indispensables à l’essor de l’intelligence artificielle.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par la présence bienveillante et inspirante du directeur de l’ENSA de Fès, dont l’intervention, empreinte de hauteur de vue, a donné le ton de l’événement. Dans un discours clairvoyant, il a salué le « rôle structurant des mathématiques dans la conception d’une intelligence artificielle éthique et maîtrisée », appelant à « renforcer les synergies entre savoir académique et innovation industrielle pour bâtir une souveraineté scientifique nationale fondée sur l’excellence ».

« De quelles mathématiques avons-nous besoin pour avancer dans le domaine de l’intelligence artificielle ? » : la question, posée avec gravité par le professeur Ahmed Aberqi (ENSA-USMBA), résonne comme un fil conducteur tout au long de la conférence. Il rappelle avec clarté, au micro d’universitatv, que derrière les promesses spectaculaires de l’IA — reconnaissance vocale, conduite autonome, diagnostics médicaux automatisés — se trouvent des piliers mathématiques tels que l’optimisation, le contrôle, les processus stochastiques ou encore la géométrie algébrique. « Beaucoup de modules mathématiques interviennent dans l’avancement de l’intelligence artificielle, à part le développement des algorithmes », précise-t-il.

Même ton chez le professeur Lahsen Oughdir, spécialiste des interfaces entre informatique et mathématiques. « Sans les mathématiques, nous ne pouvons pas développer des algorithmes solides », martèle-t-il.

L’ICAIM 2025 n’est pas un simple rendez-vous académique : il se veut une plateforme ouverte d’échanges entre chercheurs, praticiens et industriels, dans un esprit résolument interdisciplinaire. Des conférences plénières, des ateliers interactifs et des sessions techniques rythment les trois jours, offrant une immersion dans des problématiques aussi diverses que la modélisation mathématique de l’apprentissage automatique, la régularisation des réseaux de neurones, ou encore les usages de l’IA dans les villes intelligentes — à l’image du projet marocain Smart Medina Alkhawarizmi 2020/28, partenaire du colloque.
Touria Karite, professeure à l’ENSA de Fès et membre éminente du comité scientifique, souligne l’enjeu crucial de cette édition inaugurale : « C’est une opportunité pour les chercheurs et académiciens marocains de combler le fossé entre les fondements de l’IA et les mathématiques, et de suivre les mutations du monde actuel. »

La réussite de cet événement est aussi le fruit d’un engagement intergénérationnel, où professeurs chevronnés et jeunes talents travaillent de concert. Farah, étudiante en deuxième année du cycle préparatoire à l’ENSA de Fès, exprime sa fierté de contribuer à une conférence de cette envergure. « Notre objectif est de rassembler chercheurs et praticiens autour des interactions entre mathématiques et intelligence artificielle », déclare-t-elle, avec une conviction rafraîchissante.

Même enthousiasme chez Asmae, en première année du programme “Sciences des données et IA” : « Je suis très fière d’être membre de la communauté d’organisation de cet événement, qui traite d’un sujet d’actualité », affirme-t-elle. Leurs témoignages incarnent l’espoir d’une relève scientifique engagée, consciente des enjeux et désireuse de bâtir des ponts entre les disciplines.

Organisée avec le soutien de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA), du Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique (CNRST) et du Laboratoire des Sciences Appliquées et des Technologies Émergentes (LSATE), l’ICAIM 2025 fait la démonstration qu’au Maroc aussi, l’intelligence artificielle est désormais un champ de recherche structuré, ambitieux et ancré dans les réalités locales.
Au moment où de nombreuses nations s’interrogent sur leur souveraineté technologique, cette conférence affirme une conviction forte : la maîtrise des concepts fondamentaux est la condition sine qua non de l’innovation durable. À Fès, on ne se contente pas d’appliquer les algorithmes venus d’ailleurs. On les pense, on les questionne, on les réinvente.
L’édition 2025 de l’ICAIM ne sera sans doute pas la dernière. Mais elle restera, à bien des égards, la première pierre d’un édifice scientifique à portée mondiale, façonné à la croisée de l’abstraction mathématique et des applications intelligentes.













